Le parlement a voté à l’unanimité, le président a signé le lendemain. Ce lundi 26 octobre 2026, Abdelmadjid Tebboune a ordonné l’envoi d’unités de l’Armée nationale populaire en République du Niger, quelques heures après que les deux chambres ont approuvé le principe de ce déploiement. La procédure a été menée tambour battant.
Députés et sénateurs, réunis dimanche en séances plénières à huis clos, ont validé l’initiative sans aucune voix dissidente. La Constitution l’exige pour toute opération hors du territoire national.
Son article 91 permet au chef de l’État de décider l’envoi de troupes à l’étranger, mais seulement après un vote des deux tiers des membres de chaque chambre. Ce seuil a été non seulement atteint, mais largement dépassé. La présidence ajoute que la décision s’appuie aussi sur l’article 30 et répond à une demande formulée par les autorités nigériennes. Le communiqué présidentiel fixe un objectif clair, la protection des intérêts énergétiques et économiques que les deux pays ont en commun.
Les textes rendus publics ne détaillent ni la taille des unités ni leur zone d’implantation, et c’est un point que la suite des événements devra éclaircir. Cette décision n’arrive pas de nulle part, elle vient couronner une séquence qui s’est accélérée en quelques mois. En février, le chef du régime militaire nigérien, le général Abdourahamane Tiani, avait été reçu à Alger. Tebboune y avait parlé de la fin d’une période anormale de froideur entre les deux capitales, et les deux hommes avaient annoncé le lancement du premier tronçon du gazoduc transsaharien qui traverse le Niger. Ce gazoduc de 4 000 kilomètres doit acheminer le gaz nigérian vers l’Algérie, et le projet attend d’être concrétisé depuis plus de quinze ans. Le chemin avait pourtant été semé d’embûches.
Les relations avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger, réunis au sein de la confédération des États du Sahel, s’étaient dégradées après la destruction d’un drone malien par l’armée algérienne en avril 2025. Les trois pays avaient alors rappelé leurs ambassadeurs, et Alger avait fait de même. Le dégel avec Niamey s’est ensuite traduit par des gestes concrets. Le président algérien avait décidé le retour de son ambassadeur au Niger et promis d’accompagner ce pays confronté à de graves difficultés économiques.
L’été a marqué un nouveau tournant. Le 9 août, le ministère de la Défense nationale a annoncé la remise de quatre hélicoptères et de matériel militaire à l’armée nigérienne, au nom du renforcement de la coopération stratégique entre les deux pays. Moins de trois semaines plus tard, quatre chasseurs Su-30 algériens ont été déployés à Niamey le 30 août, au lendemain d’une tentative de déstabilisation du régime nigérien. Tebboune a confirmé début octobre que ces appareils avaient été envoyés pour aider à faire échec à ce qu’il a qualifié de tentative de coup d’État. Il y a vu une provocation dirigée contre l’Algérie.
Pour Alger, le signal est limpide. Longtemps attachée à une doctrine de stricte retenue militaire hors de ses frontières, l’Algérie montre qu’elle peut désormais agir directement lorsque ses intérêts stratégiques dans la région sont en jeu. Les gazoducs, les projets énergétiques communs et la stabilité d’un voisin qui partage avec elle une longue frontière sont autant de dossiers qui dépassent la seule solidarité diplomatique. Cette fois, l’Algérie a choisi d’encadrer sa démarche par le cadre constitutionnel, en saisissant le Parlement avant de décider, ce qui lui donne une assise politique que le simple déploiement d’août n’avait pas.
Farid B.
Après le feu vert du Parlement : Tebboune ordonne l’envoi de troupes au Niger
