Récupération des biens mal acquis: La Suisse et l’Espagne coopèrent, la France fait blocage

Le Conseil des ministres algérien a dressé, dimanche dernier, un bilan éloquent des efforts diplomatiques et judiciaires engagés pour récupérer les fonds détournés à l’étranger. Si la Suisse et l’Espagne ont fait preuve d’un esprit de coopération exemplaire, la France, en revanche, affiche une obstruction systématique qui interroge. Grâce aux commissions rogatoires adressées à Berne, l’Algérie a obtenu des résultats concrets : sur 33 demandes judiciaires, 20 ont été acceptées et 4 dossiers ont été définitivement traités, permettant le rapatriement de plus de 110 millions de dollars.
Une performance saluée par le président de la République, qui a tenu à remercier chaleureusement la Confédération suisse ainsi que le royaume d’Espagne pour leur collaboration précieuse, illustrée récemment par la restitution d’un hôtel de luxe à Barcelone appartenant à un homme d’affaires impliqué dans des affaires de corruption. En revanche, le contraste est saisissant avec Paris. Sur les 61 commissions rogatoires transmises à la France, aucune n’a reçu de réponse favorable. Pourtant, des accords d’entraide judiciaire lient les deux pays. Ce refus catégorique, sans la moindre exception, révèle une posture ouvertement politique. En clair, la France subordonne la coopération judiciaire à ses seuls calculs diplomatiques, au mépris des engagements internationaux. Ce comportement n’est pas sans conséquence. L’Algérie, par principe de réciprocité, est désormais contrainte de rejeter les demandes judiciaires françaises sur son sol. Cette situation de blocage intervient dans un contexte de relations bilatérales tendues depuis près de deux ans, même si une timide reprise de la coopération sécuritaire et antiterroriste a été amorcée récemment. Des observateurs avertis soulignent que Paris applique une double lecture : elle refuse systématiquement d’exécuter les demandes algériennes concernant les gros dossiers politico-financiers, comme celui de l’ancien ministre Abdeslam Bouchouareb, ou les membres du mouvement «MAK» classé terroriste par Alger, tout en accélérant sur des dossiers de moindre importance. Une stratégie à géométrie variable qui ne trompe personne. Face à cette entrave française, l’Algérie, forte du soutien de ses partenaires suisse et espagnol, réaffirme sa détermination à récupérer l’intégralité de ses biens spoliés, où qu’ils se trouvent, et à défendre sa souveraineté judiciaire sans faiblesse.
Anais G.