Pétrole: Légère accalmie sur les marchés après la licence américaine, mais la menace d’Ormuz persiste

Les cours du pétrole ont entamé une légère décrue vendredi dernier, après que Washington a accordé une dérogation de trente jours autorisant les entreprises à acheter du pétrole russe transporté par navires, une respiration temporaire sur des marchés toujours sous haute tension géopolitique.
Vers 6h15 GMT, le Brent de la mer du Nord cédait 0,51% pour s’établir à 99,95 dollars, tandis que le West Texas Intermediate américain reculait de 0,79% à 94,97 dollars.
Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a justifié cette licence temporaire comme une mesure visant à apaiser des marchés énergétiques mondiaux brutalement secoués par le conflit qui embrase l’Iran. Cette décision concernant le brut russe intervient au lendemain d’une annonce plus massive : le Département américain de l’Énergie a confirmé son intention de puiser 172 millions de barils dans les réserves stratégiques, une opération coordonnée avec l’Agence internationale de l’énergie qui recommande une libération globale de 400 millions de barils des stocks mondiaux.
L’objectif est clair : contenir l’emballement des prix provoqué par la paralysie partielle du détroit d’Ormuz, par où transite normalement un cinquième du pétrole mondial.
Yang An, analyste chez Haitong Futures, a nuancé l’impact réel de la décision américaine, expliquant que l’octroi de cette licence a certes contribué à atténuer les craintes des marchés mais ne traite pas le cœur du problème, la véritable question restant le rétablissement d’une navigation normale dans le détroit d’Ormuz.
Tony Sycamore, analyste chez IG, a observé dans une note que l’apaisement initial consécutif à l’annonce de l’AIE a été rapidement tempéré par la réalité des affrontements, l’escalade sérieuse au Moyen-Orient ayant pris le pas sur l’effet d’annonce.
Cette volatilité s’inscrit dans un contexte déjà tendu, les deux bruts de référence ayant bondi de plus de 9% jeudi dernier pour atteindre leurs plus hauts niveaux depuis août 2022.
Pendant que les marchés oscillent, les acteurs régionaux prennent leurs dispositions : Oman a déplacé l’ensemble des navires de son principal terminal d’exportation du port d’Al-Fahal vers des zones situées hors du détroit d’Ormuz, une mesure de précaution sans précédent, tandis que l’Arabie saoudite consent des primes financières pour rediriger ses pétroliers vers la mer Rouge en actionnant l’oléoduc Est-Ouest qui permet de contourner la zone à risque.
Dans ce ballet géopolitique, Pékin joue un rôle discret mais déterminant, Téhéran autorisant le passage d’un à deux pétroliers par jour à travers le détroit, dont la grande majorité à destination de la Chine, une circulation sélective qui permet à l’Iran de préserver le soutien diplomatique de Pékin et de garantir la continuité des recettes financières.
Alors que la licence américaine offre une parenthèse de trente jours aux acheteurs de brut russe, l’épée de Damoclès reste suspendue au-dessus du détroit d’Ormuz, et la décrue des prix ne doit pas masquer l’essentiel : tant que la liberté de navigation ne sera pas restaurée dans cette artère vitale, les marchés resteront à la merci de la moindre étincelle .
Samira G.