Patrimoine: Quand les missiles s’attaquent à l’Histoire du Moyen-Orient

Alors que le conflit déclenché il y a une semaine par des frappes israélo-américaines sur l’Iran a déjà fait plus d’un millier de morts, les bombardements ne se contentent pas de détruire des vies. Ils ravagent également des siècles d’histoire.
Du palais du Golestan à Téhéran aux immeubles Bauhaus de Tel-Aviv, en passant par les musées de Jérusalem, le patrimoine culturel de la région est devenu une victime collatérale de premier plan.
À Téhéran, les stigmates du conflit sont visibles jusque dans les murs chargés d’histoire. Le palais du Golestan, joyau architectural vieux de quatre siècles classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, a subi de plein fouet les effets d’une frappe le dimanche 1er mars.
Les dégâts, bien que n’ayant pas touché la structure de manière directe, sont considérables pour ce monument qui mêle l’art persan et les influences européennes. Les fenêtres ont été soufflées, tandis que les célèbres miroirs et vitraux qui ornent ses murs ont volé en éclats.
Plus surprenant encore, des portions de bitume auraient été arrachées à l’intérieur même du palais, témoignant de la violence de l’onde de choc.
Ce site, véritable «Versailles» iranien datant de l’époque safavide (XVIe siècle), paie un lourd tribut à la proximité des zones de tension.
À des milliers de kilomètres de là, en représailles aux frappes initiales, les tirs de missiles iraniens ont également laissé des cicatrices profondes dans le patrimoine palestinien. La «Ville Blanche» de Tel-Aviv, autre site classé à l’UNESCO depuis 2003 pour sa concentration unique d’architecture Bauhaus, a été durement touchée.
La situation est tout aussi critique au Musée d’art islamique de Jérusalem. Cette institution privée, qui abrite l’une des collections les plus importantes au monde, a évacué une grande partie de ses pièces.
Parmi elles, le célèbre «Trésor Harari», une collection rare et inestimable d’orfèvrerie persane des XIe et XIIe siècles, considérée comme la plus grande collection de ce type au monde et la seule source d’argenterie de la période seldjoukide.
L’archéologue Tayla Ezrahi, coordinatrice des relations internationales pour l’organisation anti-occupation Emek Shaveh, a livré une analyse poignante de cette situation. Elle souligne que dans la crise actuelle, «la vie et le patrimoine des Israéliens et des Palestiniens sont en danger». Selon elle, «la guerre ne fait pas de distinction entre le patrimoine juif, musulman, chrétien ou autre. Lorsque ces sites sont endommagés ou détruits, la perte résonne au-delà des ruines et restera comme un témoignage de l’échec de nos dirigeants à privilégier les vies humaines et les mondes culturels et spirituels qui leur donnent un sens, plutôt que la destruction».
Alors que le bilan humain, fourni par l’ONG Human Rights Activists News Agency, dépasse désormais les 1 100 civils tués, les dégâts causés au patrimoine apparaissent comme une autre facette, moins visible mais tout aussi durable, de la tragédie.
Une cicatrice sur la mémoire collective d’une région où l’histoire a toujours été un champ de bataille.
Amina S.