Palestine: Une succession verrouillée, loin des aspirations populaires

La récente modification des règles de succession au sein de l’Autorité palestinienne, décidée par Mahmoud Abbas, a ravivé les tensions politiques dans les territoires occupés. Par décret constitutionnel, l’intérim du pouvoir ne reviendra plus au président du Conseil national palestinien, mais au vice-président du Comité exécutif de l’OLP, Hussein Al-Sheikh.
Une décision qui consacre l’ascension d’un homme controversé, perçu comme proche des cercles occidentaux et israéliens, au détriment d’un processus démocratique transparent.
Cette annonce intervient alors que la possible libération de Marwan Barghouti, figure emblématique et rassembleuse du mouvement national palestinien, suscite un espoir renouvelé parmi les différentes factions. Barghouti, membre du Fatah, incarne une alternative crédible, capable de fédérer les courants politiques et de redonner sens à la lutte pour l’autodétermination. Son profil tranche avec celui d’Al-Sheikh, dont le parcours est marqué par une coopération sécuritaire étroite avec Israël et une gestion technocratique du pouvoir.
À 65 ans, Hussein Al-Sheikh symbolise la continuité d’un système politique figé, accusé de dérive autoritaire et de déconnexion croissante avec les aspirations populaires. Hébréophone, familier des chancelleries occidentales, il défend une approche de «stabilité sous occupation», centrée sur le maintien des financements et la coordination sécuritaire. Une posture qui, si elle rassure les partenaires étrangers, est largement rejetée par une population en quête de souveraineté réelle et de représentation légitime.
Depuis plus de quinze ans, aucune élection présidentielle ou législative n’a été organisée. Le Conseil législatif demeure paralysé, et les institutions de l’OLP fonctionnent en vase clos. La désignation d’Al-Sheikh ne relève pas d’un choix populaire, mais d’une stratégie de préservation d’un pouvoir affaibli, soutenu par des intérêts extérieurs.
Pour Israël, ce choix garantit un interlocuteur fiable et prévisible.
Pour les Palestiniens, il incarne une confiscation du droit à décider de leur avenir.
La question centrale n’est plus simplement celle de la succession à Mahmoud Abbas, mais celle du retour à une légitimité populaire, à une gouvernance enracinée dans les aspirations du peuple, et à une vision politique capable de porter le projet national palestinien au-delà des compromis imposés. Dans ce contexte, la figure de Marwan Barghouti demeure une source d’espoir et de cohésion. Mais tant que les mécanismes démocratiques resteront verrouillés, la voix du peuple palestinien continuera d’être étouffée par une architecture institutionnelle façonnée pour durer, plutôt que pour représenter
Sabrina G.