Ormuz :La loi américaine, première victime collatérale :Trump bricole les règles pour contourner l’étau iranien et sauver le marché pétrolier

Alors que les tensions atteignent leur paroxysme dans le détroit d’Ormuz et que le baril de pétrole repasse la barre symbolique des 100 dollars, l’administration Trump est prise en tenaille entre ses promesses de guerre totale et les dures réalités du marché. Révélations sur un revirement stratégique en forme d’aveu de faiblesse.
Les dernières 48 heures auront montré l’ampleur du pari, peut-être mal calculé, dans lequel s’est engagé Donald Trump. Sous l’influence présumée du Premier ministre sioniste Benyamin Netanyahou, le locataire de la Maison-Blanche a multiplié ces derniers jours les déclarations martiales, promettant tantôt la fin rapide de la guerre contre l’Iran, tantôt l’intensification des frappes, tout en assurant que ses troupes étaient capables de sécuriser le détroit d’Ormuz.
Pourtant, les coulisses racontent une tout autre histoire. Une enquête de la chaîne américaine NBC révèle que l’exécutif américain cherche en urgence à modifier une loi fondamentale pour le transport maritime, signe que la puissance américaine se heurte à un mur stratégique dans le golfe Persique.

Ormuz : La loi américaine, première victime collatérale
Selon des sources proches du dossier, la Maison-Blanche étudie activement la possibilité de contourner une disposition légale obligeant les opérateurs à transporter le pétrole américain à bord de navires battant pavillon des États-Unis. Une contrainte devenue soudainement problématique depuis que l’Iran a menacé de fermer le détroit d’Ormuz et cible préférentiellement les bâtiments arborant les couleurs de ses ennemis.
Car aujourd’hui, arborer le pavillon américain dans cette zone sous tension, c’est un peu comme porter une cible sur la coque.
En modifiant cette règle, Washington espère permettre aux pétroliers de se fondre dans la masse, en utilisant des pavillons de complaisance (Panama, Libéria, Îles Marshall) moins exposés aux foudres de Téhéran. Ce « bricolage » législatif, présenté comme une simple mesure de bon sens, est en réalité un aveu cinglant : l’US Navy ne peut pas garantir seule la liberté de navigation dans le détroit sans déclencher un embrasement général. C’est une reconnaissance implicite de la capacité de nuisance et de la maîtrise stratégique de l’Iran sur cette artère vitale du commerce mondial.

Pétrole russe : la main droite ignore ce que fait la main gauche
Pendant que Donald Trump jure de « mettre l’Iran à genoux », son secrétaire au Trésor, Scott Bessent, tend une perche inattendue à Moscou. Jeudi, le département du Trésor a annoncé une mesure temporaire, mais hautement symbolique : l’autorisation, jusqu’au 11 avril, de vendre le pétrole brut et les produits raffinés russes chargés à bord de navires avant le 12 mars. Officiellement, il s’agit d’une
« mesure à court terme » visant à « accroître la portée mondiale de l’offre
existante », selon Scott Bessent, qui précise qu’elle ne profitera pas directement aux caisses du Kremlin puisque les taxes sont prélevées à l’extraction. Une pirouette sémantique qui peine à masquer l’urgence de la situation.
La réalité est plus triviale : les prix flambent. Le baril de Brent, référence internationale, a franchi jeudi le seuil des 100 dollars, une première depuis août 2022. Et vendredi matin, il s’y maintenait fermement. Dans ce contexte, les États-Unis, pourtant architectes d’un régime de sanctions drastiques contre la Russie, sont contraints de desserrer l’étau pour éviter une asphyxie du marché mondial.

La Russie savoure sa revanche
À Moscou, on ne se prive pas de savourer ce retournement de situation. L’émissaire du Kremlin pour les questions économiques, Kirill Dmitriev, a immédiatement enfoncé le clou sur Telegram.
« Les États-Unis reconnaissent en fait l’évidence : sans le pétrole russe, le marché mondial de l’énergie ne peut pas rester stable », a-t-il ironisé, accentuant la pression pour que Washington lève davantage de sanctions.
Ce faisant, Dmitriev souligne le paradoxe d’une administration américaine qui, d’un côté, pousse à l’escalade militaire contre l’Iran (ce qui fait flamber les prix) et, de l’autre, doit composer avec la Russie pour calmer le marché. Une quadrature du cercle énergétique.

Trump, otage de ses contradictions
Ce qui se joue en coulisses est tout sauf anecdotique. Trump, qui a bâti une partie de son discours de campagne sur la promesse de « rendre l’Amérique énergétiquement indépendante », se retrouve à devoir quémander, par mesures interposées, la clémence tactique de l’Iran et la stabilité du pétrole russe.
La modification de la loi sur les pavillons américains est un aveu d’impuissance tactique face à la menace iranienne. La réouverture temporaire des vannes russes est un aveu d’impuissance stratégique face aux lois du marché. En définitive, ces deux annonces, qui peuvent sembler techniques, racontent la même histoire : celle d’une administration qui avance à l’aveugle dans une escalade militaire, sans filet de sécurité économique, et qui doit, dans l’urgence, rafistoler un système qu’elle a elle-même contribué à déstabiliser. Alors que les tambours de la guerre continuent de battre, la Maison-Blanche semble moins préparée que jamais à en affronter les conséquences collatérales. Le détroit d’Ormuz reste un baril de poudre, et le marché pétrolier, un thermomètre qui affiche une fièvre inquiétante. Pour Trump, le compte à rebours a commencé, tiraillé entre son besoin d’afficher sa fermeté et la nécessité vitale de ne pas étrangler l’économie américaine.
Samira.G.