La stratégie américaine à l’égard de l’Iran ressemble de plus en plus à un chemin semé de contradictions. Selon le quotidien israélien Yediot Aharonot, l’administration Trump a discrètement écarté l’option d’une invasion terrestre, jugée trop coûteuse et risquée.
À la place, Washington privilégierait désormais une approche plus limitée : frapper et sceller les principaux sites nucléaires comme Ispahan et Natanz, afin d’« enfouir » l’uranium enrichi plutôt que de tenter de le capturer ou de le détruire.
Cet arbitrage tactique constitue d’abord un aveu d’impuissance. L’idée d’une guerre rapide et maîtrisée contre l’Iran s’est effondrée. Une opération terrestre aurait signé l’ouverture d’un conflit majeur dans une région déjà à vif, avec des pertes humaines considérables et un risque élevé d’enlisement face à un État structuré, militairement expérimenté et rompu à la riposte asymétrique.
Autrement dit, les fantômes de l’Irak et de l’Afghanistan – en version aggravée.
Le choix de « l’enfouissement » n’a donc rien d’un geste de maîtrise : c’est un repli déguisé. Frapper des tunnels pour rendre l’uranium difficile d’accès ne supprime pas la capacité nucléaire potentielle de l’Iran. Tout au plus, cela la retarde. Et cela laisse intact le nœud politique du conflit entre Washington, ses alliés régionaux et Téhéran.
La contradiction est pourtant frappante : d’un côté, l’exécutif américain agite la menace d’un Iran à quelques semaines du seuil nucléaire militaire ; de l’autre, il renonce à l’action décisive censée l’empêcher. Cette esquive révèle une réalité rarement assumée publiquement : le coût d’une guerre totale contre l’Iran est désormais jugé supérieur au risque qu’elle prétend conjurer.
Dans cet équilibre instable, le détroit d’Ormuz devient l’arme stratégique centrale de Téhéran. Une fermeture, même partielle, suffirait à provoquer un choc pétrolier mondial. Et c’est ici qu’apparaît une dimension moins médiatisée mais essentielle : la guerre économique.
Le cas de TotalEnergies est emblématique. Alors que les tensions militaires explosent, certains acteurs transforment le chaos en opportunité. En concentrant l’accès aux cargaisons exportables hors du détroit, le groupe français aurait généré des profits colossaux. La guerre redistribue les cartes, et quelques-uns savent parfaitement les jouer.
Sur le plan politique interne américain, le limogeage de figures comme Pam Bondi par Donald Trump illustre un autre aspect de cette séquence : un pouvoir qui se durcit, se recentre et écarte les éléments jugés insuffisamment loyaux, dans un contexte de tensions multiples, internes comme externes.
Des capacités iraniennes toujours impressionnantes
Les dernières évaluations des services de renseignement américains, rapportées jeudi par CNN, contredisent d’ailleurs tout triomphalisme. Près d’un mois après les frappes massives menées conjointement par les États-Unis et Israël contre l’Iran, environ la moitié des lance-missiles iraniens sont toujours intacts. Des milliers de drones d’attaque à usage unique font toujours partie de l’arsenal téhéranais. « Ils sont toujours tout à fait capables de semer un chaos total dans toute la région », a déclaré une source proche du renseignement américain au média américain.
Selon CNN, l’Iran conserve également un grand nombre de missiles, ainsi qu’une part importante de ses missiles de croisière de défense côtière, une capacité clé pour contrôler le détroit d’Ormuz.
Si les navires de la marine iranienne ont été en grande partie détruits, les forces navales distinctes du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) conservent encore environ la moitié de leurs capacités, avec « des centaines, voire des milliers, de petits bateaux et de navires de surface sans pilote ».
Les renseignements américains soulignent que l’utilisation d’installations souterraines a permis à l’Iran de préserver ses lanceurs de missiles. Le pays cache depuis longtemps ces équipements dans de vastes réseaux de tunnels et de grottes, les rendant particulièrement difficiles à cibler.
Mercredi, Donald Trump a estimé à deux ou trois semaines le délai nécessaire pour mener à bien les opérations militaires américaines. Une source ayant examiné les évaluations des services de renseignement a toutefois qualifié cet objectif d’irréaliste. Israël, les alliés des États-Unis dans le Golfe, ainsi que les troupes américaines sur place continuent d’être régulièrement la cible de tirs de missiles et d’attaques de drones lancés par l’Iran.
Au fond, ce que révèle l’ensemble de ces éléments est une vérité simple mais lourde de conséquences : les États-Unis cherchent à maintenir une pression maximale sur l’Iran sans basculer dans une guerre totale qu’ils ne sont pas sûrs de gagner. Une stratégie d’équilibriste, dangereuse par nature, où la moindre erreur de calcul peut faire basculer toute la région.
Malik.M.

