Une lutte de pouvoir longtemps dissimulée au sein des sphères sécuritaires marocaines éclate aujourd’hui au grand jour. Selon le journaliste et ancien diplomate Ali Lamrabet, le Maroc assiste à un affrontement sans précédent entre les principales agences de renseignement du pays, révélant la mainmise croissante du chef de la police politique, Abdellatif Hammouchi, sur l’appareil d’État.À la tête à la fois de la DGSN (police nationale) et de la DST (renseignement intérieur), Hammouchi apparaît désormais comme un acteur central – et incontrôlé – d’un régime autoritaire en pleine dérive. D’après Lamrabet, ce dernier utilise des leviers d’État à des fins personnelles, y compris des organes judiciaires censés être impartiaux.
Un conflit interne qui tourne à l’instrumentalisation de la justice
L’affaire révélée par Lamrabet débute par ce qui semble être une simple procédure administrative : l’octroi légal d’une licence d’exploitation commerciale. Pourtant, cette affaire a été soudainement qualifiée de menace terroriste. Pour cibler Mehdi Hijaouy, ex-haut cadre des services extérieurs (DGED) et désormais en exil, Hammouchi a mobilisé la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ), unité normalement dédiée aux crimes majeurs. Résultat : un centre de bien-être appartenant à l’épouse de Hijaouy est fermé, plusieurs fonctionnaires municipaux sont arrêtés, et l’affaire est transférée en urgence devant la juridiction antiterroriste.
Une procédure abusive que même les magistrats concernés, formés par la DST elle-même, auraient eu du mal à justifier. Selon un témoin cité par Lamrabet, certains juges étaient « tétanisés » face à l’instrumentalisation de leur juridiction. Lamrabet met également en cause le site Barlamane.com, financé par les services secrets et souvent utilisé comme relais d’accusations calomnieuses. Le site a récemment franchi une ligne rouge en insinuant à deux reprises que le ministre de l’Intérieur Abdelouafi Laftit – supérieur hiérarchique direct de Hammouchi – pourrait être impliqué dans un complot contre l’État.Cette attaque indirecte contre un ministre de la monarchie constitue une rupture inédite dans la discipline institutionnelle du régime, et trahit une dynamique de pouvoir hors de tout contrôle. D’après des sources proches du pouvoir citées par Lamrabet, l’armée et la gendarmerie royale commenceraient à s’inquiéter de l’ascension solitaire et brutale de Hammouchi. Sa stratégie, mêlant manipulations médiatiques, procédures judiciaires biaisées et intimidation interne, fragilise l’équilibre déjà précaire de l’État marocain.
Un appareil sécuritaire en décomposition
La confrontation entre la DST et la DGED (renseignement extérieur) illustre plus largement les fractures profondes au sein de la machine sécuritaire marocaine. Elle révèle un système rongé par des logiques de clans, où l’autoritarisme ne cesse de s’étendre au détriment des principes juridiques les plus élémentaires. Le cas Hammouchi, désormais au cœur d’un système opaque et violent, n’est que le symptôme d’un régime qui vacille sous le poids de ses propres abus.
Malik.M.

