Mali: Cinq ans d’illusion militaire, quand l’Algérie reste la clé de la paix

Les récents événements au Mali ont cruellement rattrapé la réalité. Près de cinq ans après l’arrivée au pouvoir du colonel Assimi Goïta par un coup d’État militaire, les promesses de sécurité et de stabilité volent en éclats.
Les attaques armées qui ont frappé aussi bien le nord du pays que la capitale Bamako ne sont pas une simple défaillance conjoncturelle. Elles révèlent un effondrement profond : celui d’un chemin militaire privilégié au détriment d’une solution politique dont l’efficacité avait pourtant été démontrée par le passé.
La chute de Kidal, tombée aux mains de la rébellion touarègue du Mouvement de libération de l’Azawad après de violents combats contre l’armée malienne et le corps africain russe, illustre parfaitement cet échec. Parallèlement, les attaques sans précédent du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), lié à Al-Qaïda, ont visé des sites militaires sensibles au cœur de Bamako, coûtant la vie au ministre de la Défense et à plusieurs hauts gradés. Un bilan accablant pour une junte qui pensait imposer l’ordre par la force brute.
Cette situation dévoile la fragilité du système Goïta, qui gouverne d’une main sécuritaire depuis cinq ans, en totale contradiction avec les aspirations du peuple malien.
Non seulement le régime a échoué à résoudre la question avec la composante azawadienne du nord, mais il a surtout abandonné l’Accord d’Alger pour la paix et la réconciliation, un texte qui avait pourtant permis des avancées considérables malgré des obstacles extérieurs.
En choisissant de déchirer ce consensus, Goïta a replongé le Mali dans les ténèbres d’une crise identique à celle de 2012, quand le nord était tombé sous la coupe des groupes armés.
Face à ce constat, un fait demeure : l’Algérie est et reste l’acteur incontournable. En 2012, c’est Alger qui, la première, refusa la sécession de l’Azawad, avant même les autorités de Bamako. Après l’échec de
l’option militaire, les autorités maliennes s’étaient tournées vers l’Algérie, qui conduisit une médiation de trois ans, soutenue internationalement, aboutissant à la signature de l’Accord d’Alger en 2015.
Ce texte offrait une feuille de route crédible pour sortir de la crise. Aujourd’hui, après cinq années perdues à suivre la voie inverse, le Mali se retrouve au point de départ, mais dans une situation bien plus compliquée. La présence de forces étrangères, mercenaires de Wagner (devenu corps africain),
rivalités d’influence entre puissances mondiales, a transformé la région du Sahel en un vaste champ de confrontation géopolitique. Les solutions importées, vantées par Goïta, ont échoué.
Les harcèlements et déclarations déplacées de Bamako envers l’Algérie ne reflètent en rien les liens historiques de fraternité et de coopération solide entre les deux peuples.
L’Algérie, de son côté, continue de démontrer sa responsabilité. Malgré les tentatives de pression et d’épuisement, elle reste attachée à son indépendance diplomatique et refuse d’intégrer des alliances militaires extérieures. Son poids, sa position géographique, sa mémoire historique chez les élites africaines et dans les peuples du Sahel en font un pilier indispensable. Pour le Mali, l’heure n’est plus à l’illusion sécuritaire ni aux agendas étrangers.
L’unique issue durable reste le retour au dialogue politique, au respect de l’Accord d’Alger, et la reconnaissance du rôle moteur de l’Algérie, garante de la stabilité régionale. Faute de quoi, le Mali continuera de s’enfoncer dans une spirale aux conséquences bien au-delà de ses frontières.
Fateh H.