Oran pleure la disparition d’une figure emblématique de son paysage intellectuel et culturel. Maître Redouane Rahal, président de la Société de Géographie d’Oran, s’est éteint le 18 mai 2025 à l’âge de 94 ans. Juriste de renom, passionné de patrimoine et fervent défenseur du dialogue interculturel, il laisse derrière lui un héritage profondément enraciné dans l’histoire et l’âme de la ville.Né le 17 avril 1931, Redouane Rahal débuta sa carrière comme fonctionnaire avant de se consacrer au barreau. Son engagement ne s’est pas limité aux prétoires : il fut également un homme de savoir et de transmission.
À la suite du décès d’Abdelkader Boualga en 1999, il reprit les rênes de la Société de Géographie d’Oran, poursuivant une mission de préservation de la mémoire collective et d’ouverture intellectuelle. Les rencontres hebdomadaires du mercredi y réunissaient chercheurs, passionnés et citoyens curieux. Personnellement, je retrouvais ce grand homme tous les lundis chez le regretté Si Mousa Mohamed Benhamed. Convaincu de l’importance du dialogue entre les religions, Maître Rahal s’est illustré comme l’un des défenseurs les plus actifs du rapprochement entre les confessions.
Avocat de l’Église chrétienne d’Oran, il œuvra à créer des espaces de discussion entre représentants musulmans, catholiques, orthodoxes et protestants. Cette volonté d’unir les voix spirituelles l’a conduit à co-fonder la Fondation Emir Abd- El-Kader aux côtés de ses confrères Maîtres Farhat M’hamed et Boutaleb, structure vouée à la paix et à la coexistence harmonieuse.Sur le plan personnel, Maître Rahal était également un amoureux des livres. Sa collection privée comptait plus de 100 000 volumes, véritable trésor que ses enfants envisagent de partager avec le public à travers une future bibliothèque à son nom à Oran. Ce projet prolongera son amour du savoir et son désir de transmettre. Issu d’une lignée illustre, il était le descendant de Si M’hamed Ben Rahal, pionnier de l’élite algérienne francophone du XIXe siècle, premier bachelier algérien en langue française et auteur d’une œuvre littéraire précoce.
Fidèle à cet héritage familial, Maître Rahal a poursuivi le combat pour une Algérie éclairée, fière de son identité et résolument tournée vers la justice. Ses funérailles, organisées le 19 mai au cimetière d’Aïn
El Beidha, ont rassemblé de nombreuses personnalités ainsi que des anonymes venus saluer une dernière fois celui qui incarnait, aux yeux de beaucoup, une conscience vivante de l’Algérie intellectuelle.
Maître Redouane Rahal aura été bien plus qu’un juriste ou un érudit : un bâtisseur de ponts entre les cultures, un gardien de la mémoire oranaise, et un homme profondément attaché à l’idéal d’un pays tolérant, cultivé et digne .
A.S.

