Madagascar: La rue gronde, l’armée se divise, Rajoelina quitte Antananarivo

Face à une contestation populaire croissante et à la mutinerie d’une unité militaire clé, le président Andry Rajoelina aurait quitté la capitale malgache.
La crise politique s’intensifie, portée par une jeunesse mobilisée et une armée fracturée. La tension atteint son paroxysme à Madagascar.
Selon plusieurs sources concordantes, le président Andry Rajoelina aurait quitté précipitamment Antananarivo, alors que des manifestations massives secouent la capitale depuis plusieurs semaines.
Ce départ intervient dans un contexte de colère populaire alimentée par la dégradation des conditions de vie, notamment les coupures répétées d’eau et d’électricité. Le mouvement, amorcé le 22 septembre, a rapidement pris une tournure politique. Des milliers de jeunes, rejoints par des citoyens de tous horizons, réclament désormais la démission du chef de l’État et la fin d’un système jugé défaillant.
La mobilisation s’est intensifiée jusqu’à atteindre la place du 13-Mai, haut lieu de l’histoire contestataire malgache, symbole des bouleversements politiques depuis les années 1970.
Mais ce qui marque un tournant décisif dans la crise, c’est la position de l’unité militaire «Capsat» (Corps d’administration des personnels et des services de l’armée de terre). Refusant d’exécuter les ordres de répression, cette unité a appelé les autres forces de sécurité à ne pas obéir à des directives jugées illégales. Elle a même encouragé les militaires à se ranger du côté du peuple.
Des images relayées par les médias montrent des soldats escortant les manifestants, acclamés par la foule sur les lieux stratégiques de la capitale, notamment autour du lac Anosy et de la place du 13-Mai. Ce soutien militaire à la contestation populaire rappelle les épisodes de mutinerie qui ont marqué l’histoire politique du pays, notamment celle qui avait propulsé Rajoelina au pouvoir en 2009. Alors que le président dénonce une tentative de déstabilisation, la situation reste confuse et volatile. Le Capsat affirme désormais avoir pris le contrôle des forces armées, accentuant l’isolement du pouvoir exécutif.
La crise malgache entre dans une phase critique, où l’issue semble suspendue à l’équilibre fragile entre la rue, l’armée et les institutions. Le peuple, soutenu par une partie des forces armées, semble déterminé à faire entendre sa voix .
Malik M.