Liban:L’heure de la souveraineté bafouée et du recours international

Face à l’escalade militaire qui frappe le sud du pays, Beyrouth a pris une décision lourde de sens : porter l’agression israélienne devant le Conseil de sécurité des Nations unies. Ce choix diplomatique n’est pas anodin. Il traduit la volonté d’un État souverain de ne pas laisser la force imposer ses lois et de rappeler au monde que le droit international n’est pas une coquille vide.
Depuis des semaines, les bombes pleuvent sur les infrastructures libanaises. Des ponts, des routes, des quartiers entiers sont pulvérisés. Plus de 1 100 personnes ont péri. Un million d’habitants ont été contraints de quitter leurs foyers. Derrière les justifications sécuritaires brandies par Israël, une réalité s’impose : on ne bombarde pas un peuple pour «se défendre». On le bombarde pour le soumettre, le déplacer, et remodeler la carte du territoire à son avantage.
Les déclarations du ministre israélien Israel Katz ne laissent d’ailleurs aucune ambiguïté. En évoquant ouvertement la création d’une bande territoriale jusqu’au Litani, il révèle un projet d’occupation méthodique, déguisé sous des airs de lutte contre le Hezbollah. C’est une logique expansionniste qui se déploie, dans la continuité des politiques menées par Benjamin Netanyahu sur plusieurs fronts.
Le Liban, État membre fondateur de l’ONU, a donc eu raison de sortir du silence.
En saisissant le Conseil de sécurité, il ne se contente pas de dénoncer des violations : il met la communauté internationale face à ses responsabilités. Que fera-t-elle ? Restera-t-elle spectatrice alors qu’un de ses membres se fait dépecer sous ses yeux ? Ou osera-t-elle imposer le respect du droit, des frontières et des vies humaines ?
Les précédents sont inquiétants. À Ghaza, en Cisjordanie, en Syrie, les mêmes méthodes ont été employées : destruction des infrastructures, déplacements forcés, puis installation de faits accomplis. Chaque fois, l’inaction internationale a encouragé les auteurs de ces violations à aller plus loin.
Le Liban ne peut pas être le maillon suivant de cette chaîne d’impunité. Au-delà de la tragédie humanitaire, c’est tout l’équilibre régional qui vacille.
L’escalade contre Beyrouth s’inscrit dans un embrasement plus large, où l’Iran, les frappes croisées et les alliances militaires alimentent un engrenage dangereux.
Isoler le Liban, vider le sud de ses habitants, c’est aussi préparer le terrain à un élargissement du conflit que personne ne maîtrise.
Beyrouth a choisi la voie du droit. C’est une position courageuse, car elle rappelle qu’un petit pays, même soumis à la barbarie des bombes, peut encore opposer l’arme de la légalité internationale à celle de la force brute.
Reste désormais à voir si le Conseil de sécurité saura se montrer à la hauteur de sa mission, ou s’il se rendra complice, par son silence, d’une nouvelle conquête territoriale au mépris de toutes les règles.
Le Liban mérite mieux que l’indifférence. Il mérite que l’on défende son sol, son peuple et sa souveraineté. Le moment est venu de choisir son camp : celui du droit ou celui du fait accompli.
Malik M.