L’étoile populaire qui a marqué des générations: Adieu Biyouna

De Belcourt aux écrans du monde entier, une voix s’est tue. La comédienne, chanteuse et actrice algérienne Biyouna, de son vrai nom Baya Bouzar, s’est éteinte ce mardi à l’âge de 73 ans, des suites d’une maladie pulmonaire.
La nouvelle, annoncée par la télévision publique, a provoqué une vague d’émotion à travers le pays et au-delà de ses frontières. Le président Abdelmadjid Tebboune a lui-même rendu hommage à «la regrettée artiste», implorant «Dieu de l’entourer de Sa clémence».

Du cœur populaire d’Alger à la consécration nationale
Née en 1952 dans le quartier populaire de Belouizdad (ex-Belcourt), Biyouna a toujours gardé dans son jeu et dans sa voix l’authenticité de ses origines. C’est cette essence même qui l’a rendue, au fil des décennies, «l’une des figures les plus familières et les plus aimées d’Algérie». Comme le soulignait déjà le journal Le Monde en 2002, sa renommée s’étendait «du fin fond du Sahara au plus haut pic du Djurdjura». Son visage expressif, son humour frondeur et son parler algérois canaille sont devenus sa signature, un pont entre les générations et les classes sociales.

Une artiste aux multiples facettes
Biyouna n’était pas qu’une comédienne ; elle était un «cœur vibrant d’art». Sa carrière, aussi riche que variée, l’a vue successivement briller comme danseuse, chanteuse et actrice. Après des débuts sur les planches et à la télévision dans les années 1970, elle a conquis le petit écran avec des séries devenues cultes, telles que El Harik et la sitcom Nass Mlah City. Son passage au cinéma a été tout aussi marquant, avec des films comme Délice Paloma. Plus récemment, le public français a pu la découvrir dans Le Flic de Belleville (2018), où elle incarnait la mère d’Omar Sy, prouvant ainsi la pérennité de son talent. Ces derniers jours, son état de santé s’était dégradé, nécessitant son transfert en soins intensifs en pneumologie à l’hôpital de Beni Messous.
Malgré les soins, l’artiste n’a pas survécu à de graves problèmes respiratoires. Dans son message de condoléances, le président Tebboune a salué une femme «de sincérité et de spontanéité», qui «a contribué par son talent et sa créativité à de nombreuses œuvres télévisuelles et cinématographiques durant de longues années». Biyouna laisse derrière elle un patrimoine artistique immense.
Elle était «connue pour son amour profond de l’art et sa forte personnalité», ayant livré des scènes iconiques, qui resteront gravées dans la mémoire collective. Son audace et son authenticité ont fait d’elle une figure irrémplaçable de la culture algérienne, une artiste qui a su, comme peu, rendre «l’art algérien
éternel». «La défunte laisse, par sa sincérité et sa spontanéité, une large reconnaissance dans le domaine du jeu d’acteur et du cinéma», a rappelé le chef de l’État. À sa famille et à la communauté artistique, il a adressé ses «plus sincères condoléances», une peine partagée par des millions d’Algériens qui ont grandi avec elle. Biyouna restera bien plus qu’un nom : un symbole de résilience, de drôlerie et d’amour pour un pays et un public qui le lui rendaient bien. Son rire résonnera longtemps encore dans le cœur de ceux qui l’ont aimée .
Amina S.