Les cours du pétrole poursuivaient, ce vendredi 6 mars, leur ascension pour la sixième séance consécutive, portés par les fièvres de la guerre qui embrase le Moyen-Orient.
Les prix du Brent et du West Texas Intermediate (WTI) ont grimpé respectivement de 0,63 % et 0,56 % en début de séance, atteignant 85,95 dollars et 81,46 dollars le baril [citation:originale]. Mais au-delà de ces chiffres, c’est tout l’édifice énergétique mondial qui tremble sur ses bases.
La veille, les marchés avaient déjà enregistré une hausse spectaculaire de plus de 5 %, les investisseurs réalisant l’ampleur des risques pesant sur les approvisionnements en provenance du Golfe.
Le cœur du problème se nomme détroit d’Ormuz. Cette artère stratégique, par laquelle transite normalement un cinquième de la production mondiale de pétrole, est aujourd’hui presque totalement paralysée. Le trafic des pétroliers y a chuté de près de 90 % depuis le début des frappes. La menace iranienne est explicite : Téhéran a prévenu qu’aucune goutte de pétrole ne quitterait la région, appliquant une stratégie de représailles visant aussi bien les navires que les infrastructures énergétiques des pays voisins. Les installations pétrolières de la région sont devenues des cibles militaires. La plus grande raffinerie d’Arabie saoudite, Ras Tanura, a dû suspendre ses activités après une attaque de drone iranienne. La plateforme qatarie de Ras Laffan, qui assure environ 20 % de l’approvisionnement mondial en GNL, a cessé ses activités pour la première fois en près de trente ans. Les prix du gaz en Europe ont quasiment doublé en quelques jours.
Le blocage du détroit menace directement la production elle-même. Selon JPMorgan, les capacités de stockage des pays producteurs arrivent à saturation. L’Irak, second producteur de l’OPEP, est le plus exposé : ses réservoirs pourraient être pleins d’ici deux jours, l’obligeant à suspendre progressivement ses opérations.
Si le blocus se prolonge, ce sont des millions de barils par jour qui pourraient être retirés du marché. Face à cette tempête, les grands importateurs tentent de s’organiser.
Les États-Unis ont accordé une dérogation temporaire à l’Inde pour acheter du pétrole russe, et envisagent de puiser dans leurs réserves stratégiques. La Chine a suspendu ses exportations de produits raffinés, tandis que le Japon réclame un déstockage de ses réserves. Les analystes estiment que les prix pourraient dépasser largement les 100 dollars si le blocage persiste. Goldman Sachs évalue la prime de risque à environ 18 dollars par baril.
Le marché retient son souffle : chaque jour qui passe sans reprise des flux normaux renchérit le prix du baril et accroît le risque d’une crise énergétique majeure aux répercussions inflationnistes potentiellement dévastatrices pour l’économie mondiale.
Samira.G.
L’économie mondiale sous tension: Le pétrole flambe, le détroit d’Ormuz s’embrase

