La relation entre le colonel Assimi Goïta, chef de la junte militaire malienne, et son ministre de la Défense, Sadio Camara, traverse une phase de tensions profondes, selon plusieurs sources médiatiques. Ces rivalités internes au sein de la junte militaire, qui avait renversé l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta en août 2020, fragilisent davantage les institutions maliennes et inquiètent sérieusement les pays voisins, notamment l’Algérie.Depuis le coup d’État de 2020, suivi d’un second en mai 2021 orchestré par Goïta, l’armée a consolidé son emprise sur le pouvoir. Pourtant, Sadio Camara, acteur clé du régime militaire, a su préserver une influence majeure dans la gestion de la sécurité du pays, malgré la fragilité des structures étatiques.Les tensions entre les deux hommes s’aggravent sur fond de divergences concernant la gouvernance, les alliances internationales — notamment avec la France, la Russie et plus récemment l’Algérie — ainsi que la gestion de la crise sécuritaire qui ravage le pays. Ces rivalités internes sont accentuées par l’ingérence de puissances étrangères cherchant à exploiter la situation malienne à leurs propres fins, un facteur de grande préoccupation pour l’Algérie, qui voit dans la stabilité du Mali un enjeu vital pour sa propre sécurité nationale. Depuis l’arrivée des forces du groupe Wagner, après le retrait des troupes françaises de l’opération Barkhane, la situation sécuritaire s’est considérablement détériorée, exacerbant les tensions entre Goïta et Camara. Cette détérioration affecte directement les efforts régionaux de lutte contre le terrorisme, auxquels l’Algérie est fortement engagée, compte tenu de son rôle pivot dans la sécurité du Sahel.
Les espoirs de transition démocratique s’amenuisent
La gouvernance de la junte est de plus en plus critiquée, notamment pour le retard pris dans l’organisation des élections promises. Assimi Goïta, qui s’était engagé à respecter le calendrier électoral initial, a déçu la communauté internationale et alimenté la frustration de la population malienne, déjà exaspérée par la pauvreté, la violence et l’absence de perspectives claires.La rivalité entre Goïta et Camara, longtemps dissimulée derrière un front militaire uni, est désormais perceptible. Depuis le remaniement ministériel de juillet dernier, les signes de rupture se sont multipliés, affectant la cohésion au sommet de l’État. Ce climat délétère fragilise encore davantage une transition politique déjà vacillante, mettant en péril la stabilité du Mali et, par ricochet, celle de toute la région.
Un enjeu majeur pour l’Algérie
L’Algérie, qui partage une longue frontière avec le Mali, considère la stabilité de ce pays frère comme une priorité stratégique. Un Mali affaibli par des luttes internes expose la région à une recrudescence des groupes armés terroristes, une menace directe pour la sécurité nationale algérienne. Alger, déjà mobilisée pour soutenir des initiatives de paix au Sahel, suit avec une vigilance extrême l’évolution de la situation politique malienne. Consciente que toute dégradation supplémentaire pourrait déstabiliser l’ensemble du Sahel, l’Algérie œuvre discrètement pour encourager une sortie de crise pacifique et durable. Cependant, les divisions croissantes au sein de la junte compliquent ces efforts, rendant la perspective d’une stabilisation plus incertaine que jamais.
Vers quel avenir pour le Mali ?
Tandis que le colonel Assimi Goïta semble vouloir concentrer encore davantage le pouvoir entre ses mains, au détriment de ses alliés historiques comme Sadio Camara, de nombreux observateurs craignent que cette « guerre des chefs » n’aggrave la crise politique et sécuritaire.Le peuple malien, pris en étau entre la violence, la pauvreté et les ambitions d’une junte militaire divisée, réclame des solutions concrètes et un retour rapide à une gouvernance civile. De l’issue de cette rivalité au sommet dépend non seulement l’avenir immédiat du Mali, mais aussi celui de la stabilité régionale, enjeu crucial pour l’Algérie et pour toute l’Afrique de l’Ouest.
Malik.M.

