Les services de renseignement espagnols estiment que le Maroc entretient sur le sol ibérique un dispositif d’espionnage d’une ampleur inhabituelle : près de 600 agents, un chiffre qui grimperait jusqu’à 900 lors des pics de tension entre les deux royaumes. C’est ce qu’a révélé le quotidien espagnol La Razón, sur la base d’informations attribuées à des sources sécuritaires et du renseignement.
Selon ce média, le Centre national du renseignement (CNI) aurait constitué un dossier recensant les identités et les déplacements de plusieurs centaines d’individus, à la suite de l’exploitation d’un immense volume de données.
Ces informations proviendraient d’un piratage ayant visé, en août dernier, les deux piliers du renseignement marocain : la Direction générale de la surveillance du territoire et la Direction générale des études et de la documentation, toutes deux placées sous l’autorité d’Abdellatif Hammouchi.
La fuite porterait sur quatre fichiers Excel réunissant plus de 70 000 noms, 70 381 exactement, présentés comme liés à ces deux structures.
Le journal précise toutefois que l’identification de quelque 600 agents ne signifie pas qu’ils se trouvent tous, à l’heure actuelle, sur le territoire espagnol : la liste engloberait aussi du personnel interne aux services marocains. Une quinzaine à une vingtaine de noms seraient en revanche directement rattachés à l’ambassade du Maroc à Madrid, apparaissant parmi le personnel consulaire officiellement accrédité.
Ces agents seraient disséminés dans plusieurs régions d’Espagne, en particulier celles où la communauté marocaine est la plus importante — Algésiras, la Catalogne, la région de Valence, ainsi que dans des zones jugées sensibles comme Bilbao ou Las Palmas.
Cette révélation intervient alors que les relations entre Madrid et Rabat traversent une phase de vive tension, après l’entrée irrégulière d’environ 80 000 personnes à Ceuta par voie maritime, au niveau de la plage de Tarajal. Un rapport de la police nationale espagnole a par ailleurs évoqué l’implication d’éléments de la gendarmerie marocaine, certains en civil, dans la coordination de cet afflux.
Devant le Congrès des députés, le 25 août, la ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, avait confirmé la présence de 25 agents du CNI à Ceuta, précisant qu’ils avaient alerté en amont sur un risque de déplacement massif imminent, dès la fin juillet.
Le journal rappelle, dans une forme de symétrie, que l’Espagne dispose elle aussi d’agents du CNI présents au Maroc, chargés principalement des dossiers liés à l’immigration irrégulière, au trafic de stupéfiants et à la menace terroriste — sans que leur nombre ni leur déploiement exact ne soient officiellement communiqués.
L’identité de la source à l’origine de la fuite des données marocaines demeure, quant à elle, inconnue, malgré plusieurs hypothèses en circulation. Une enquête indépendante a permis de localiser en Allemagne la personne opérant sous le pseudonyme «Jbarot», tandis que des sources du renseignement, citées par le journal, privilégient la piste d’un ou plusieurs anciens agents marocains.
La Razón évoque notamment le nom de Mehdi Hijaoui, ancien numéro deux des services de renseignement marocains, parmi les suppositions entourant l’identité du responsable de la fuite.
Réfugié en Espagne après avoir fui le Maroc, sous le coup d’un mandat d’arrêt d’Interpol, Hijaoui s’était volatilisé après que le CNI eut réussi à le localiser et engagé une procédure d’extradition vers le Maroc.
Détenteur également de la nationalité allemande, il a été rapproché de la fuite survenue à la mi-août, sans que son identification avec «Jbarot» soit pour l’heure confirmée.
Malik M.
