Lamine Naji, une voix qui porte l’Algérie: Autonomie des malades, culture, diaspora : les chantiers de l’association Étienne-Dinet d’Entraide

À l’occasion des six ans de l’association Étienne Dinet d’Entraide, son président, M. Lamine Naji, revient pour nous sur son parcours, ses combats et ses projets. Entre bilan médical et culturel, autonomie des malades, rôle de la diaspora et valorisation du patrimoine algérien, cet entretien sans fausse note révèle un homme de terrain, fidèle à ses valeurs et résolument tourné vers l’avenir. À lire sans attendre.

Propos recueillis par Razyka Tiar

Algérie Confluences : Six ans après la création de l’association, quel est le bilan marquant, aussi bien sur le plan médical que culturel ?

Lamine Naji : Le bilan est positif. Notre force a été de savoir écouter les souffrances et d’agir concrètement. Face à la maladie, nous ne sommes pas toujours armés, mais cette prise de conscience nous a permis d’avancer.
Le malade est souvent un révélateur social : il met en lumière les fragilités, mais aussi les solidarités de notre société.

Vous souhaitez désormais impliquer davantage les malades dans la vie socio-économique pour les rendre autonomes. Concrètement, quels projets allez-vous lancer ?
Comme je viens de le mentionner, le malade est un véritable révélateur social. Une personne malade ne l’est pas uniquement chez elle, elle l’est dans tous les aspects de sa vie. Une grande partie de nos membres étant greffés, notre engagement est aussi personnel. Sans pouvoir faire disparaître la maladie, nous pouvons au moins contribuer à en alléger le poids.
Personne ne choisit de porter «l’habit» du malade, mais il a des capacités intellectuelles, des compétences, et toute sa place dans la société. La cité ne peut pas être réservée aux seuls bien-portants.
C’est le cœur de notre philosophie : encourager l’implication et défendre l’autonomie. Les projets qu’ils ont eux-mêmes proposés en sont la preuve. Ils ont su ouvrir des voies et inspirer d’autres personnes vivant la même situation.

Quel rôle joue la diaspora algérienne de France dans la cité, et comment votre association contribue-t-elle à ce lien ?
Cette question mérite d’être saluée. La diaspora algérienne occupe une place majeure, notamment dans les secteurs dits «en tension». L’idée que nous serions cantonnés à des rôles subalternes appartient au passé. Aujourd’hui, on y trouve des médecins et des professionnels de grande qualité, issus de toutes les catégories socioprofessionnelles.
Cette diaspora est productive et utile, et joue un rôle essentiel sur le plan économique et social. Mais son rôle ne s’arrête pas aux frontières de l’Hexagone : elle contribue activement à construire des ponts entre l’Algérie et la France. Les meilleurs artisans de ce lien sont souvent ces jeunes qui ont compris l’urgence de préserver la stabilité entre les deux rives.
L’Algérien agit souvent dans l’ombre. Il est temps de rendre visible cet engagement. Nous connaissons la France, son histoire, sa langue, sa société, parfois mieux que quiconque, et notre lien avec l’Algérie reste vivant, constant et profond.

Comment maintenez-vous le lien avec l’Algérie à travers vos actions culturelles et patrimoniales ?
Cet engagement est permanent. Nous sommes comme des fourmis, des artisans du quotidien :
tout ce qui est beau mérite d’être construit. L’Algérie est un pays vaste comme un continent, riche d’un patrimoine millénaire. Elle a tous les atouts. La diaspora représente une véritable valeur ajoutée. Plus l’investissement est important, plus l’essor de l’Algérie peut être significatif. La culture est sans doute le meilleur ciment du rapprochement entre les peuples. Nous ne sommes pas dans l’opposition, mais nous défendons avec conviction ce qui constitue notre patrimoine. Cela suppose aussi l’honnêteté intellectuelle de reconnaître ce qui ne nous appartient pas.
Le patrimoine est vivant : il se nourrit des échanges. Avançons doucement mais sûrement.
Notre boussole reste l’unité nationale et la solidarité dans nos convictions. Nous sommes les héritiers d’un legs précieux, transmis par nos martyrs. Le dilapider serait contraire à nos valeurs.

Étienne Dinet est une figure emblématique du patrimoine algérien. Comment son héritage inspire-t-il
vos actions ?
Nous avons choisi de donner à notre association le nom d’Étienne Dinet, en y ajoutant le mot «Entraide» car rien ne se construit seul. Dinet a magnifié l’Algérie, ses lumières et ses scènes de vie. Cet héritage nous inspire parce qu’il nous rappelle que l’art et la culture sont des ponts entre les peuples.
À travers nos actions culturelles et patrimoniales, nous voulons, à notre manière, continuer à faire rayonner cette Algérie accueillante, ouverte, riche de son patrimoine humain et naturel.
Comme Dinet a su capter l’âme de Bou Saâda, nous cherchons à valoriser ce qui fait notre identité, sans chauvinisme, mais avec fierté et honnêteté.

Quels sont les événements ou les chantiers que vous allez développer dans les mois à venir ?
Le chantier prioritaire que nous allons développer est l’organisation d’une journée médicale.
Nous souhaitons y inviter des associations caritatives et humanitaires, ainsi que de grands spécialistes : médecins, experts et conférenciers.
Cette journée, entièrement dédiée au malade, sera articulée autour de deux temps forts : des stands animés par les associations, et un grand débat centré sur le parcours du malade et son implication dans la cité. Nous venons de réunir les membres de l’association pour poser les bases de ce projet qui nous tient à cœur. Nous espérons le concrétiser très prochainement.

Quel appel lancez-vous aux bénévoles, mécènes ou partenaires pour vous accompagner dans cette nouvelle étape ?
Je tiens à vous remercier vous d’abord d’avoir cru en nous. Sans ce relais, notre message n’aurait pas été transmis. Le monde du bénévolat, les mécènes et nos partenaires nous ont énormément aidés.
Nous avons sollicité des commerçants à Bou Saâda, Djelfa et ailleurs : tous ont répondu présents pour mettre en valeur le patrimoine algérien.
Je lance donc un appel à toutes les bonnes volontés, aux mécènes et aux partenaires : rejoignez-nous. Nous avons besoin de vous pour continuer à développer nos actions médicales et culturelles.
Que vous soyez commerçant, institution ou simple citoyen, votre soutien est précieux. Ensemble, nous pouvons faire avancer cette belle dynamique au service des malades et du patrimoine.

Qui est l’association Étienne-Dinet d’Entraide ?

Fondée le 4 février 2020, l’association Étienne-Dinet d’Entraide porte un nom qui résume sa philosophie : rendre hommage au célèbre peintre français converti à l’islam, amoureux de l’Algérie, et placer l’entraide au cœur de son action. Son ADN repose sur deux valeurs indissociables : accompagnement et entraide.
Particularité forte : deux tiers de ses membres sont des personnes greffées du rein. Malgré la maladie, elles s’investissent avec une générosité remarquable pour venir en aide à d’autres malades et promouvoir la culture algérienne. L’association a récemment été restructurée en deux pôles : lPôle Santé & Entraide (coordinateur : Omar Laichi, référente santé : Hassina Khadraoui) lPôle Culture & Patrimoine (responsable :
Nassira Seddi) Son président, Lamine Naji, est entouré d’une équipe dévouée : Taieb Gana (trésorier), Ammar Fakani et Mounir Merzoug (vice-présidents chargés de la communication), ainsi que de nombreux bénévoles actifs.

R.T