Au cœur des vastes étendues de la wilaya d’El-Meghaïer, une voix douce mais déterminée s’élève pour chanter les mélodies de l’enfance. Lamia Brik, écrivaine au parcours aussi riche que singulier, a fait de la littérature jeunesse son jardin secret, un espace où poussent des histoires qui éduquent tout en enchantant.
Née sous le soleil algérien et bercée par une famille qui a su voir en elle l’étincelle créative, cette amoureuse des lettres a très tôt compris que son destin était lié à celui des plus jeunes.
À 38 ans, cette diplômée en langue anglaise de l’université Hadj Lakhdar de Batna porte un regard à la fois tendre et exigeant sur la littérature enfantine, qu’elle considère comme un véritable vecteur d’épanouissement et de construction identitaire.
C’est en 2018 que son aventure littéraire prend son envol avec la publication de deux premiers ouvrages poétiques : El-Hadjar wel Azhar (Pierres et fleurs), une ode à la beauté simple des choses, et El-Faracha El-Beida (Papillon blanc), un conte délicat sur la métamorphose et la liberté.
Mais Lamia Brik ne s’arrête pas là. Innovant sans cesse, elle se lance dans la bande dessinée interactive avec El-Kerd Yatassellak (Le singe grimpe), un ouvrage ludique où textes et illustrations s’entremêlent pour offrir aux enfants une expérience de lecture aussi divertissante qu’éducative. Son projet le plus ambitieux à ce jour, Esseghir Yataâlem (L’enfant apprend), promet d’être bien plus qu’un simple recueil de nouvelles. À travers des personnages attachants et des situations tirées du quotidien algérien, l’auteure souhaite insuffler aux jeunes lecteurs des valeurs universelles : le respect, la tolérance, l’amour du savoir. « Chaque histoire doit être comme une graine plantée dans l’esprit de l’enfant », confie-t-elle, les yeux brillants de passion. Présente sur plusieurs fronts culturels, du Salon international du livre d’Alger aux rencontres littéraires locales, Lamia Brik défend avec ferveur l’importance du livre illustré. « Dans un monde où les écrans captivent les regards, nos enfants ont plus que jamais besoin de ces passerelles magiques entre réel et imaginaire que sont les livres », explique-t-elle, rappelant que chaque image colorée, chaque mot choisi avec soin participe à construire l’esprit critique et la sensibilité artistique des futures générations.
Alors que l’Algérie célèbre ses artistes, Lamia Brik se réjouit de la promulgation du statut de l’artiste en 2023, y voyant une avancée majeure pour la reconnaissance du travail créatif.
Mais son combat quotidien reste ailleurs : dans ces salles de classe où ses livres circulent de main en main, dans ces chambres d’enfants où ses histoires deviennent des rêves éveillés, dans ce vaste mouvement qu’elle contribue à créer pour une Algérie où chaque enfant aurait le droit de grandir entouré de belles lettres et de belles images. À l’heure où certains déplorent la désaffection des jeunes pour la lecture, Lamia Brik, telle une jardinière patiente, continue de semer ses histoires avec l’espoir têtu qu’un jour, elles fleuriront en une moisson de citoyens éclairés, fiers de leur héritage culturel et ouverts sur le monde. Son œuvre, à l’image de sa personnalité, est un pont jeté entre tradition et modernité, entre enseignement et divertissement, entre les adultes que nous sommes et les enfants que nous avons été .
Amina.S
Lamia Brik : L’art subtil d’éveiller les jeunes âmes par la magie des mots

