L’âme des montagnes et l’art de la table: Quand l’UNESCO célèbre les patrimoines alimentaires

Deux cultures, deux visions du patrimoine vivant, une même reconnaissance. Alors que la cuisine italienne vient d’entrer dans l’histoire en devenant la première tradition culinaire au monde à être inscrite dans son intégralité sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, la Suisse prépare une candidature tout aussi emblématique, celle du patrimoine alimentaire alpin. Une initiative qui, au-delà des frontières, célèbre la transmission et la durabilité des savoir-faire de montagne.
Mené en partenariat avec la France, l’Italie et la Slovénie, ce projet marque une première : jamais la Suisse n’avait coordonné une candidature au Registre des bonnes pratiques de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.
Ce registre, distinct de la liste emblématique, distingue des programmes exemplaires, véritables modèles d’inspiration pour d’autres territoires à travers le monde.
Le patrimoine alimentaire alpin, présenté lundi dernier par le gouvernement suisse, ne se limite pas à une simple collection de recettes. Il incarne un ensemble vivant de savoirs, de pratiques et de techniques forgés par les communautés de montagne.
On y trouve la fabrication du fromage en alpage, la culture de céréales rustiques adaptées aux rigueurs de l’altitude, la panification traditionnelle, la cueillette des plantes sauvages, l’entretien des vergers anciens ou encore l’apiculture de montagne. Autant de gestes qui, selon l’Office fédéral de la culture,
«constituent un patrimoine vivant étroitement lié aux paysages, aux systèmes agricoles et aux modes de vie des communautés alpines».
L’ambition de cette candidature est double : reconnaître les programmes de sauvegarde portés par les communautés locales qu’il s’agisse d’inventorier, de documenter, de transmettre ou de valoriser ces pratiques et promouvoir des modèles de production et de consommation durables.
Ce travail s’appuie sur le réseau transnational né du projet européen AlpFoodway (2015-2019), qui a déjà permis de tisser des liens précieux entre les acteurs de l’arc alpin.
La décision de l’UNESCO n’interviendra qu’en décembre 2027 au plus tôt, mais la dynamique est déjà lancée. Pendant ce temps, l’Italie savoure une consécration historique. Le 18 mars, à New Delhi, le Comité intergouvernemental de l’UNESCO a approuvé à l’unanimité l’inscription de la cuisine italienne sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Une première mondiale : aucune autre tradition culinaire n’avait encore été reconnue dans sa globalité.
Dans sa décision, l’UNESCO salue une pratique qui est bien plus qu’un art culinaire : «un mélange culturel et social de traditions», «une façon de prendre soin de soi et des autres, d’exprimer son amour et de redécouvrir ses racines culturelles».
La cuisine italienne y est présentée comme un langage universel, offrant aux communautés un moyen de partager leur histoire et de décrire le monde qui les entoure.Derrière cette consécration se dessine aussi une réalité économique éloquente.
Selon une analyse de Coldiretti sur les données Deloitte Foodservice Market Monitor 2025, la cuisine italienne pèse aujourd’hui 251 milliards d’euros dans le monde, en hausse de 5% sur un an.
À eux seuls, les États-Unis et la Chine représentent plus de 65% de la consommation mondiale.
Qu’il s’agisse des alpages suisses ou des trattorias napolitaines, ces reconnaissances successives disent une même vérité : le patrimoine alimentaire n’est jamais figé. Il est geste, mémoire, transmission. Il unit les territoires, relie les générations et incarne une certaine idée de l’humanité.
Amina S