Lors de l’ouverture de l’Atelier régional du Comité des services de renseignement et de sécurité d’Afrique (CISSA) à Alger, la secrétaire d’État chargée des Affaires africaines, Bakhta Selma Mansouri, a tiré la sonnette d’alarme sur les nouvelles menaces qui pèsent sur le continent.
Placée sous le thème « Les répercussions des fake news et de la désinformation sur la sécurité et la stabilité des États », cette rencontre stratégique a mis en lumière les défis posés par les guerres informationnelles contemporaines.Mansouri a dressé un tableau inquiétant des nouvelles formes de domination auxquelles doit faire face l’Afrique : « Après avoir résisté au colonialisme
classique et combattu le terrorisme, notre continent doit aujourd’hui se prémunir contre le colonialisme cognitif et la manipulation informationnelle ».
Elle a dénoncé la transformation de l’information en « arme non conventionnelle », utilisée pour déstabiliser les sociétés africaines et influencer les processus politiques, notamment lors des élections. La diplomate algérienne a révélé que plus d’une vingtaine de pays africains ont été ciblés par des campagnes de désinformation lors de leurs scrutins électoraux. « Ces opérations visent à saper la confiance des citoyens dans leurs institutions, à semer le doute et finalement à créer le chaos », a-t-elle expliqué, citant l’exemple
des pays du Sahel où les plateformes numériques ont été instrumentalisées pour attaquer les symboles
nationaux. Trois pistes pour une réponse africaine Face à ces défis, Mme Mansouri a proposé une
stratégie continentale articulée autour de trois axes :
La coordination sécuritaire : création d’un mécanisme africain de détection des fake news basé sur une
intelligence artificielle développée localement Le cadre juridique : élaboration d’une charte africaine contre la désinformation intégrée au système de cybersécurité continental La prévention : mise en place d’une éducation médiatique dans les écoles et universités, avec l’implication de la société civile. La secrétaire d’État a conclu son intervention par un plaidoyer pour « un espace informationnel africain libre, souverain et sûr », soulignant que la bataille contre la désinformation n’est pas seulement technique maisrelève fondamentalement de la préservation de la souveraineté nationale et de la cohésion sociale. Cet atelier, qui réunit les services de renseignement de toute l’Afrique du Nord, marque une étape importante dans la prise de conscience continentale des enjeux informationnels. L’Algérie, à travers cette initiative, confirme son rôle de leader dans la construction d’une réponse africaine aux nouvelles menaces hybrides
Farid B.
L’Afrique face au défi du colonialisme cognitif et de la guerre informationnelle

