Trois semaines après le début de la vague de feux qui a touché plusieurs régions du pays, l’État algérien avance simultanément sur trois terrains : réparer, punir et éteindre.
Recensement des pertes en vue d’une indemnisation avant la rentrée sociale, poursuites judiciaires contre des réseaux soupçonnés d’avoir allumé délibérément plusieurs foyers, et bilan quotidien
d’une Protection civile toujours mobilisée sur le front des flammes.
Indemnisation : les comités de wilaya sur le terrain
Le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, a chargé des comités locaux de procéder à un recensement exhaustif et précis de l’ensemble des pertes matérielles causées par les incendies de forêt, en vue de les évaluer selon les critères en vigueur, avant le lancement des opérations d’indemnisation.
Cette instruction traduit une consigne du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui a demandé une prise en charge immédiate des sinistrés et leur indemnisation avant la prochaine rentrée sociale. Selon un communiqué du ministère, des commissions de wilaya ont été installées dans l’ensemble des régions touchées, réunissant des représentants de différents secteurs et organismes concernés.
Leur mission : coordonner avec les commissions communales pour mener les constats sur le terrain, recenser les sinistrés et établir un inventaire complet des dommages, conformément aux mécanismes légaux et réglementaires en vigueur, afin de permettre l’engagement des procédures d’indemnisation dans les meilleurs délais.
Lors de l’installation de ces commissions, des instructions ont été données pour un démarrage immédiat des sorties sur le terrain, avec une exigence de rigueur, d’objectivité et de transparence dans l’évaluation des dégâts, ainsi qu’un renforcement de la coordination entre secteurs et une mobilisation de tous les moyens humains et matériels disponibles pour achever le recensement dans les délais fixés.
Dès leur installation, les commissions de wilaya ont entamé les constats de terrain et le recensement des pertes.
Justice : cinq réseaux déférés pour incendies volontaires
Le Parquet près le Pôle pénal national de lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée, près le tribunal de Sidi M’hamed, a annoncé dimanche dernier le traitement de cinq affaires impliquant des groupes soupçonnés d’avoir allumé des incendies dans plusieurs wilayas du pays, dans le sillage de la vague de feux qui frappe le territoire depuis la fin de la semaine dernière. Les faits concernent Guelma, Constantine, Tipaza, Jijel et Bouira.
À Guelma, le suspect Zeriq Mohamed Amine est accusé d’avoir volontairement mis le feu à un terrain broussailleux près de la bibliothèque communale du quartier Maghmouli ; une vidéo le montrant en train d’allumer le foyer a été retrouvée par les enquêteurs.
À Constantine, Harchi Adel et Boudraa Nouri Mehdi auraient incendié des broussailles et herbes sèches dans la zone dite El Kef Lakhal, détruisant un millier de bottes d’alfa, quarante oliviers, vingt arbres fruitiers et deux étables ; les deux hommes ont été aperçus en train de mettre le feu sur place.
À Tipaza, Zerrar Ahmed est soupçonné d’avoir incendié une parcelle agricole privée dans la zone d’Oued
El Azaïb, commune de Sidi Semiane, ravageant 500 mètres carrés d’oliviers, de pins d’Alep et de
broussailles. À Jijel, Hemlil Saïd a été interpellé en flagrant délit alors qu’il mettait le feu à des broussailles au cœur d’un ensemble résidentiel, derrière un immeuble du quartier Ayouf El Gharbi.
Enfin, à Bouira, Telemsani Abdelkader et Kouadri Djamel sont mis en cause dans l’incendie d’un massif forestier du village de Boukhelfoun, commune de Boukram, daïra d’El Akhdaria : des habitants avaient repéré Telemsani, vêtu d’un tee-shirt gris, en compagnie d’un individu non identifié à bord d’un véhicule Chevrolet près du lieu du sinistre ; les flammes se sont déclarées juste après leur départ.
Les investigations ont établi que Kouadri Djamel, présent dans le même véhicule, serait l’auteur du départ de feu. Présentés le 26 juillet 2026, les mis en cause ont été poursuivis dans le cadre d’une information judiciaire pour actes de sabotage mettant en danger la vie, la sécurité ou les biens d’autrui un crime passible de la peine capitale ainsi que pour incendie volontaire de biens forestiers.
Le suspect ayant agi au sein d’un ensemble résidentiel fait l’objet d’une charge supplémentaire pour incendie volontaire de lieux d’habitation. Après leur audition, le juge d’instruction a ordonné leur placement en détention provisoire pour l’ensemble des mis en cause.
Sur le terrain : 45 feux sur 63 maîtrisés en 24 heures
Selon le bilan quotidien de la Direction générale de la Protection civile, les services d’intervention sont parvenus, au cours des dernières vingt-quatre heures, à éteindre 45 des 63 incendies recensés à travers plusieurs wilayas quinze autres restant sous surveillance après extinction partielle. Trois foyers étaient encore combattus lundi matin, deux à Skikda et un à El Tarf.
Le colonel Farouk Achour, inspecteur à la Direction générale de la Protection civile, a salué le rôle joué par les citoyens volontaires durant cette vague de chaleur, les qualifiant de véritable appui aux différents corps intervenants, au premier rang desquels l’Armée nationale populaire, les services des forêts et les collectivités locales. Il a souligné que cet élan de solidarité n’est pas nouveau chez les Algériens, chaque catastrophe rappelant que le citoyen reste souvent le premier à se mobiliser aux côtés des agents de la Protection civile.
Le bilan cumulé fait état de 189 incendies définitivement maîtrisés grâce à la coordination entre les équipes d’intervention, tandis que huit foyers restaient actifs dans les wilayas de Souk Ahras, Skikda, El Tarf, Saïda, Béjaïa, Jijel, Tizi Ouzou et Boumerdès.
Le sinistre jugé le plus dangereux de la période a touché la commune de Kerkera, dans la wilaya de Skikda, où la menace directe pesant sur des zones d’habitation a contraint les autorités à évacuer plusieurs familles à titre préventif. D’importants moyens ont été mobilisés sur ce foyer camions-citernes, unités mobiles, deux avions bombardiers d’eau de type AT et un appareil BE-200 permettant de limiter la propagation des flammes. Un second incendie notable, dans la commune de Naciria à Boumerdès, a connu une évolution rapide dans ses premières heures avant d’être totalement circonscrit grâce à des interventions massives sur le terrain. Selon la Protection civile, l’ensemble des équipes terrestres et aériennes reste en état de veille permanente, les opérations de surveillance et d’intervention se poursuivant jusqu’à l’extinction totale de tous les foyers encore actifs.
Anais G.
