L’affaire prend une tournure plus précise. Après avoir convoqué hier lundi le Premier ministre et plusieurs responsables des secteurs du Commerce et des Finances pour examiner des données jugées alarmantes, le président Abdelmadjid Tebboune dispose désormais des chiffres qui ont motivé cette réaction.
Le ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations avait révélé, samedi, de graves dépassements relevés dans le traitement des dossiers de programmes prévisionnels d’importation pour le second semestre 2026.
L’opération menée sur la plateforme numérique dédiée à l’importation des matières premières et des intrants de production a fait remonter des chiffres qualifiés d’«interpellants» par le ministère, qui s’interroge ouvertement sur la cohérence entre certaines prévisions déclarées et la taille réelle des entreprises à l’origine des demandes. Au cœur du problème : 3 961 opérateurs économiques, employant chacun entre zéro et cinq travailleurs seulement, ont introduit des demandes d’importation totalisant 130,32 milliards de dollars, un montant qui, rapporté à la modestie de leurs effectifs déclarés, a suffi à alerter jusqu’au sommet de l’État.
Le détail par tranche d’effectifs achève de donner la mesure du déséquilibre. Ainsi, 149 opérateurs ne déclarant aucun travailleur ont sollicité des importations pour 484,58 millions de dollars.
Le chiffre grimpe de façon spectaculaire chez les entreprises à un seul employé : 949 d’entre elles ont présenté des demandes cumulées de 21,84 milliards de dollars.
Mais c’est surtout la catégorie des opérateurs à deux salariés qui concentre l’essentiel de l’anomalie, avec 851 entreprises revendiquant à elles seules 76,88 milliards de dollars de programmes d’importation, plus de la moitié du total recensé.
Les structures à trois travailleurs, au nombre de 722, ont pour leur part déposé des dossiers pour 15,52 milliards de dollars, tandis que les 641 opérateurs employant quatre personnes ont sollicité 1,74 milliard de dollars. C’est très précisément ce type de discordance entre la taille déclarée des entreprises et l’ampleur de leurs ambitions d’importation que visait, selon la présidence, la convocation présidentielle d’hier lundi.
Le communiqué de la présidence évoquait des déclarations destinées à épuiser le Trésor public, dans le cadre d’un plan préparé pour frapper l’infrastructure de l’économie nationale, une description qui, à la lumière des chiffres du ministère du Commerce, prend tout son sens.
Reste à savoir quelles suites judiciaires ou administratives seront réservées à ces milliers de dossiers dont la cohérence économique reste, au minimum, à démontrer.
Farid B.
Importations suspectes: 3 961 micro-entreprises à l’origine de130 milliards de dollars de demandes: Tebboune convoque le gouvernement
