Trente-huit ans après sa disparition, le 25 septembre 1987, le comédien Hassan El-Hassani, connu sous le nom de Boubagra, continue d’inspirer de jeunes talents et demeure une figure emblématique sur la scène théâtrale algérienne.
Chaque année, le Festival national du théâtre comique lui rend hommage, célébrant sa brillante carrière artistique et son impact durable sur le paysage culturel du pays. Hassan El-Hassani a su faire rire des générations entières, et son influence perdure chez les jeunes comédiens qui aspirent à suivre ses traces. Selon Said Benzergua, commissaire du festival, «l’ombre de Boubagra est toujours présente» ; son style et son répertoire sont devenus une source d’inspiration pour ceux qui choisissent le théâtre comique, domaine dans lequel il a excellé.
Les passionnés du théâtre se souviennent de ce comédien exceptionnel qui a su se démarquer en incarnant un personnage de paysan naïf, adoptant ainsi un style qui lui a valu une popularité inégalée. «Boubagra a réussi à toucher le cœur des Algériens, dépassant la simple performance artistique», a souligné Benzergua.
Le dramaturge et comédien Hamid Barket affirme que le nom de Hassan El-Hassani «restera gravé à jamais dans la mémoire des Algériens », le considérant comme un pilier du quatrième art. Avant même d’être un artiste, Boubagra était un militant de la cause nationale.
Les forces coloniales avaient tenté de réduire au silence sa voix en l’emprisonnant, ignorant que cette épreuve renforcerait sa détermination à utiliser l’art comme moyen de résistance contre l’occupation.
Boubagra, selon Barket, était «doué pour le théâtre», et sa capacité à incarner des personnages avec ingéniosité fait de lui une source d’inspiration inépuisable pour les jeunes générations de comédiens.Né à Boghar, au sud-est de Médéa, le 21 avril 1916, Hassan El-Hassani a d’abord travaillé comme coiffeur avant de se tourner vers le théâtre. En 1940, il est intégré dans la troupe de Mahieddine Bachetarzi, où il fait ses premiers pas sur scène. Sa première pièce, Les rêves de Hassan, une satire sociale, a été produite en 1945, mais a également conduit à son incarcération pendant plusieurs mois, période durant laquelle il a continué à créer des sketches.
À sa libération, il s’installe à la Casbah d’Alger tout en poursuivant sa passion pour le théâtre. Il crée le personnage de N’înaâ et produit des spectacles mémorables, dont Ti goule ou ti goule pas.
En 1953, il se lance à la télévision et, avec le déclenchement de la guerre de libération nationale, il rejoint l’ALN.Après l’indépendance, il renonce au personnage de «N’înaâ» pour embrasser celui de «Boubagra», qui le propulsera vers la célébrité. Il fonde la troupe des «Quatre-saisons», qui parcourt le pays pendant une décennie. Élu député en 1976, il voit sa troupe dissoute mais sa carrière continue de s’épanouir, notamment au cinéma. Il joue dans des films emblématiques tels que Le Vent des Aurès, Hassan Terro et Chronique des années de braise, consolidant ainsi sa réputation.
La maladie l’éloigne des studios, et il décède le 25 septembre 1987, à l’âge de 71 ans. Pour honorer sa mémoire et sa carrière exceptionnelle, un festival annuel est organisé à Médéa, attirant des personnalités du théâtre et des jeunes comédiens désireux de réussir.
Saïd Benzergua souligne que cet événement témoigne du profond respect dont jouit Boubagra, qui a consacré plus de quarante ans de sa vie à l’art, incarnant l’ami fidèle des populations des zones rurales et laissant un héritage indélébile dans le cœur des Algériens .
Amina S.
Il y a 38 ans disparaissait Hassan El-Hassani: L’héritage éternel de Boubagra dans le théâtre algérien

