De son vrai nom Hosni Hasniat, elle s’était choisi un surnom qui dit tout : «la diva du Diwane aux pieds nus». Sur les scènes d’Algérie et du monde, Hasna El Bacharia se produisait sans chaussures, libre, fidèle à ses racines et à son art.
Disparue le 1er mai 2024, elle reste, deux ans après, une mémoire vivante et une figure unique de la tradition musicale et chorégraphique du Diwane.
Car Hasna El Bacharia a brisé un plafond de siècles. Elle demeure à ce jour la seule femme à avoir maîtrisé avec un tel éclat le goumbri, cet instrument à cordes, âme de la musique Diwane, traditionnellement réservé aux mâalems – des musiciens exclusivement masculins. Elle n’a pas seulement joué du goumbri : elle l’a fait vivre, vibrer, et lui a donné une voix de femme.
Son destin bascule au début des années 1970, lorsqu’elle reçoit son premier oud (luth) des mains du défunt moudjahid et ancien ministre de l’Intérieur, Ahmed Medeghri. Très vite, elle maîtrise aussi l’harmonica, mais c’est au genre Diwane qu’elle choisit de consacrer toute sa carrière.
Compositrice, interprète, musicienne, elle invente un répertoire puisant dans le bradj du Diwane, et sa voix envoûtante ne laisse personne indifférent.
Malgré une reconnaissance nationale et internationale, Hasna El Bacharia mène une vie simple à Béchar, sa ville natale. Elle voyage sans cesse, d’un festival à l’autre, d’une scène algérienne à une scène étrangère, toujours avec la même humilité et la même flamme. En 2017, l’Algérie lui décerne la médaille de l’Ordre du mérite national au rang d’«Achir», distinction rare qui salue celles et ceux qui rehaussent le prestige du pays et de son patrimoine culturel. Autrice de la célèbre chanson El‑Djazaïr Djawhara (L’Algérie, un joyau), elle a également inspiré le film documentaire La Rockeuse du désert, réalisé par l’Algéro‑Canadienne Sarah Nacer, qui retrace son parcours et son œuvre. Le musicien et percussionniste Noureddine Rahou, qui a longtemps partagé la scène avec elle, résiste à tout superlatif creux : «Elle s’est imposée comme une artiste singulière, tout en restant fidèle à elle‑même.»
À l’occasion du deuxième anniversaire de sa disparition, un vibrant hommage lui sera rendu lors des Journées culturelles et artistiques de la musique et de la danse Diwane, du 12 au 14 mai prochain, à la maison de la culture Kadi-Mohamed de Béchar. Une façon de dire que la diva aux pieds nus n’a jamais quitté la scène. Hasna El Bacharia est née le 28 juin 1950 à Béchar. Elle s’est éteinte le 1er mai 2024 à l’hôpital Tourabi Boudjemâa, dans sa ville natale. Mais sa voix, son goumbri, et ses pieds nus continuent de danser sur la terre du Diwane.
Amina S.
Hasna El Bacharia, la diva aux pieds nus: Deux ans déjà, le Diwane pleure sa seule femme‑maâlem

