Une situation humanitaire d’une gravité sans précédent s’installe dans la bande de Ghaza, où la population est désormais prise en tenaille entre une famine organisée par la privation d’aide et les assauts d’un hiver rigoureux. Les dernières données des agences humanitaires sur le terrain peignent un tableau d’une catastrophe humanitaire qui s’intensifie de jour en jour, transformant la survie en un combat quotidien pour plus de deux millions de personnes.
L’organisation Médecins Sans Frontières (MSF) a donné une mesure tragique de cette réalité en révélant le décès d’un nourrisson de 29 jours, mort d’hypothermie sévère à l’hôpital Nasser de Khan Younès, dans le sud de l’enclave. Malgré tous les efforts des équipes médicales, l’enfant n’a pu être sauvé, victime directe de l’impossibilité de le maintenir au chaud dans des infrastructures médicales dévastées et sans ressources. Ce drame individuel symbolise le sort de toute une génération d’enfants exposés à un cocktail mortel : le froid glacial, la malnutrition, et l’effondrement du système de santé.
Dans un communiqué séparé mais tout aussi alarmant publié hier samedi, la branche belge d’Oxfam International s’est dite «extrêmement préoccupée» par l’aggravation imminente de la crise. L’ONG réagit à la dernière analyse du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), le standard international le plus rigoureux, qui confirme que «la majorité de la population à Ghaza est toujours confrontée à une insécurité alimentaire aiguë». Eva Smets, directrice d’Oxfam Belgique, a dénoncé avec force : «La famine à Ghaza atteint encore des niveaux effroyables qui pourraient être évités».
Le cœur du problème réside, selon les organisations, dans un blocus délibéré et systématique de l’aide humanitaire par les autorités israéliennes. Oxfam affirme avec une précision accablante que «l’entité sioniste autorise beaucoup trop peu d’aide à rentrer et continue de bloquer activement les demandes de dizaines d’organisations humanitaires reconnues». Pour preuve, l’ONG révèle qu’elle dispose, «dans des entrepôts situés juste de l’autre côté de la frontière», de stocks humanitaires d’une valeur de 2,5 millions de dollars – comprenant notamment 4 000 colis alimentaires – qui lui sont refusés.
Cette situation crée une aberration insupportable : des vivres et des médicaments sont disponibles à quelques kilomètres seulement des personnes qui en ont un besoin critique, mais une barrière administrative et militaire les en sépare.
Les chiffres de l’IPC, cités par Oxfam, donnent le vertige : 1,6 million de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë (phases 3 à 5 de l’IPC). Parmi elles, environ 100 000 individus se trouvent déjà en phase 5, dite de «catastrophe», le stade le plus élevé, où la famine, la maladie et la mort sont une réalité quotidienne.
C’est dans ce contexte que l’arrivée de l’hiver constitue une menace supplémentaire et potentiellement dévastatrice. Les températures chutent radicalement, les pluies torrentielles transforment les camps de déplacés en bourbiers glacés, et les vents violents arrachent les bâches des abris de fortune. Oxfam met en garde : «Nous sommes extrêmement préoccupés par le fait que l’hiver et les inondations qui l’accompagnent vont aggraver encore la souffrance de milliers de personnes affamées qui vivent dans le
dénuement».
Le froid exacerbe les besoins caloriques, affaiblit davantage des organismes déjà éprouvés par la faim, et accélère la propagation des maladies, notamment les infections respiratoires aiguës que MSF voit déjà affluer dans ses cliniques. Les populations, forcées de vivre dans des tentes inondées, des bâtiments sans toit ou des abris surpeuplés, n’ont aucun moyen de se protéger des éléments.
Les deux organisations dressent le constat d’un échec délibéré de la réponse humanitaire. Oxfam qualifie le blocus israélien d’«illégal» et estime qu’il a conduit à une «réponse humanitaire délibérément limitée, imprévisible et totalement insuffisante pour faire face à la crise humanitaire actuelle».
Ce système de restrictions, selon elles, ne relève pas de contraintes logistiques mais d’un choix politique qui utilise la privation comme une arme de guerre, en violation flagrante du droit international humanitaire qui impose à la puissance occupante de garantir l’accès aux secours essentiels pour la population civile.
Face à cette urgence absolue qui condamne des centaines de milliers de civils, dont une majorité d’enfants, à des souffrances inouïes et à une mort évitable, MSF et Oxfam lancent un appel pressant et unanime à la communauté internationale. Elles exigent non pas une amélioration marginale, mais un changement de paradigme immédiat : la levée totale et inconditionnelle de toutes les restrictions sur l’aide humanitaire, l’autorisation d’un acheminement massif et sécurisé de nourriture, d’eau, de médicaments, de carburant et de matériel d’abri, et la fin des entraves au travail des organisations humanitaires. Pour Ghaza, chaque jour de retard se paie désormais en vies humaines, sacrifiées à la fois par la faim et par le froid .
Malik M.
Ghaza:L’hiver et la famine, double peine pour une population en survie

