Ghaza : Une marée humaine en route vers le nord

Des dizaines de milliers de Palestiniens déplacés ont pris la route, hier, pour rentrer chez eux dans le nord de la bande de Ghaza. Ce déplacement vers le nord de Ghaza aurait dû se produire samedi, selon l’accord de trêve entre le Hamas et l’entité sioniste, mais un désaccord portant sur la libération d’une détenue civile, et sur la remise à l’entité sioniste d’une liste stipulant le statut de tous les otages, vivants ou morts, a bloqué le processus.
Un sentiment formidable
Dans la nuit, de dimanche à lundi un compromis a été trouvé et l’entité sioniste a levé le blocage du corridor de Netzarim permettant ainsi à quelque 200 000 palestiniens de prendre la route du retour vers le nord, vers leurs maisons ou ce qui en reste. Mais pour ces Ghazaouis le plus important est d’avoir fait échouer les tentatives visant à leur faire quitter leur terre. Un attachement pour lequel ils ont payé le prix fort pendant plus de 15 mois d’une guerre génocidaire menée par les forces de l’occupation et qui ont dévasté la bande de Ghaza et déplacé la quasi-totalité de ses 2,4 millions d’habitants. «C’est un sentiment formidable de rentrer chez soi, auprès de sa famille, ses proches ses êtres chers et pour inspecter sa maison, s’il y a toujours une maison», confie dans la foule en marche Ibrahim Abu Hassera. «Nous nous sentons heureux mais en même temps tristes, car nous avons perdu beaucoup de nos proches, mon fils est un martyr», affirme une grand-mère, Entissar Al-Saeedi. Un sentiment partagé par tous les habitants. De retour chez elle à Ghaza-ville, Lamees al-Iwady confie vivre, à 22 ans, « le jour le plus heureux» de sa vie, malgré les décombres qui l’entourent. «Nous reconstruirons nos maisons, même si c’est avec de la boue et du sable», dit-elle.
Plus de 90% du bâti est détruit
Selon les autorités palestiniennes 135.000 tentes et caravanes sont nécessaires à Ghaza-ville et dans le gouvernorat du nord du territoire, où plus de 90% du bâti est détruit. La masse noire, compacte, avance lentement et sans à-coup, la mer Méditerranée à sa gauche, les immeubles dévastés par la guerre à sa droite. Chadi Adas, revenu également à Ghaza-ville, raconte une ambiance de liesse communicative. «Des centaines de déplacés entonnaient des chants de fête et criaient +Dieu est le plus grand+ », dit-il. « Ce jour ressemble à des vacances ». Sans la résilience dont a fait preuve le peuple Palestinien , ce jour fêté en dépit des sacrifices et des pertes ne serait jamais arrivé. Car pour les Palestiniens ce retour des déplacés attendu depuis qu’ils ont été forcés de tout laisser derrière pour fuir les bombardements sionistes est surtout une « victoire » contre «les plans d’occupation » de Ghaza et de « déplacement » forcé des Palestiniens, s’est réjoui hier le Mouvement de la résistance palestinien. C’est « une réponse à tous ceux qui rêvent de déplacer notre peuple », a enchéri le Jihad islamique.
Rejet de tout déplacement forcé
Le Hamas tout comme le président palestinien Mahmoud Abbas et de nombreux pays arabes ont dénoncé dimanche l’idée lancée par le président américain, Donald Trump, de déplacer les Ghazaouis vers l’Egypte et la Jordanie pour, selon ses termes, « faire le ménage » dans le territoire. Pour les Palestiniens, cette suggestion renvoie à la «Nakba», ou « Catastrophe » en arabe, le nom donné au déplacement de masse qui a suivi la création de l’entité sioniste en 1948. Mahmoud Abbas a condamné « tout projet » visant à déplacer les Ghazaouis. La présidence palestinienne a également indiqué que le président Abbas établit des contacts urgents avec les dirigeants des pays arabes, européens et des États-Unis d’Amérique à cet égard, en raison de la gravité des répercussions sur la Palestine et la sécurité nationale des pays de la région. La Jordanie, qui accueille environ 2,3 millions de réfugiés palestiniens, et l’Egypte ont réaffirmé dimanche tout rejet d’un tel «déplacement forcé » .
R.I

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