Ghaza: Une agonie administrative sous les yeux du monde

AGhaza, la mort ne frappe plus seulement par les bombes. Elle s’infiltre silencieusement dans les couloirs des hôpitaux, dans les salles d’attente bondées, dans l’attente vaine d’une autorisation de sortie.
Chaque jour, entre six et dix patients expirent, non parce que les traitements n’existent pas, mais parce que l’accès aux soins leur est interdit.
Depuis la fermeture du passage de Rafah, ce sont 1 400 vies déjà emportées par l’absence d’évacuation médicale. Ce chiffre glacial dit une réalité que la rhétorique humanitaire ne peut plus masquer : il ne s’agit ni d’un accident, ni d’une négligence, mais d’un mécanisme. Celui d’une mort administrée, délivrée par tampons et délais, où des malades identifiés, diagnostiqués, parfois stabilisables, se voient condamnés à attendre. L’urgence est pourtant connue, documentée, décomptée — mais rien ne bouge à l’échelle des besoins.
La réouverture annoncée du point de passage de Rafah n’a rien changé au drame.
Quelques dizaines d’évacuations, là où il en faudrait des centaines chaque jour pour endiguer l’hécatombe. L’écart entre les déclarations et les faits n’est plus une contradiction : c’est une politique. Une politique qui donne à voir un geste humanitaire de façade, tout en maintenant strictement le contrôle des sorties. Ce n’est plus une crise humanitaire qu’il faut nommer, mais un système. Un système où l’autorisation médicale est devenue un instrument de pouvoir, où les procédures bureaucratiques tuent aussi sûrement que les frappes, où la survie d’un malade dépend d’un feu vert politique.
Près de deux cents cas critiques sont aujourd’hui suspendus à ce verdict : vivre ou mourir selon qu’un passage s’ouvre ou reste fermé.
Les organisations internationales le répètent depuis des années : les restrictions imposées aux évacuations médicales, les refus arbitraires, les retards injustifiables violent le droit international humanitaire.
Celui-ci est pourtant sans équivoque : les civils doivent avoir accès aux soins, et les malades graves doivent pouvoir être évacués sans entrave.
À Ghaza, cette obligation fondamentale est chaque jour bafouée.
L’aggravation régionale, avec l’escalade contre l’Iran, vient refermer un peu plus les rares issues. Les patients se trouvent désormais pris dans une nasse sanitaire doublée d’une nasse géopolitique, où même l’urgence vitale ne suffit plus à ouvrir une porte. L’enclave, déjà exsangue, devient une impasse totale.
Ce qui se joue ici dépasse de loin la médecine. C’est une question de responsabilité morale et politique. Quand des êtres humains meurent chaque jour en attendant une simple autorisation de sortie, il ne s’agit plus d’une carence : il s’agit d’un choix. Et ce choix, répété sans relâche, transforme la maladie en sentence, et l’espoir en agonie silencieuse. Rappelons enfin que les massacres perpétrés à Ghaza depuis le 8 octobre 2023 ont déjà coûté la vie à plus de 72 000 personnes, en majorité des femmes et des enfants, et fait plus de 171 000 blessés. Autant de vies brisées dans l’indifférence ou la complicité. Une époque, décidément, marquée au sceau de l’horreur.
M. M.