Le ministère de la Santé de Ghaza a annoncé, mardi dernier, une nouvelle aggravation du bilan humain du génocide en cours dans la bande de Ghaza : 67 913 morts et 170 134 blessés depuis le 7 octobre 2023. Rien que ces dernières 24 heures, 44 corps ont été récupérés, dont 38 extraits des décombres, et 29 blessés ont été transférés vers les hôpitaux du territoire. Mais ce bilan, déjà vertigineux, demeure incomplet.
Des centaines de corps restent ensevelis sous les ruines ou gisent dans les rues, inaccessibles aux équipes de secours et de la Défense civile, paralysées par les bombardements incessants de l’armée israélienne. Près de deux ans après le début de l’offensive, le nombre de victimes ne cesse de croître. Le cessez-le-feu actuellement en vigueur n’a pas freiné l’hécatombe. Les autorités sanitaires alertent, le bilan pourrait encore grimper, à mesure que les corps sont extraits des décombres et que les morts indirectes — causées par la famine, les maladies et l’effondrement des services essentiels, s’accumulent.
Des démographes estiment que le nombre réel de morts pourrait dépasser les 200 000. La moyenne quotidienne est glaçante : environ 92 morts par jour depuis le début des bombardements. Il s’agit du plus lourd tribut palestinien depuis 1948, tous conflits confondus. Parmi les 67 869 victimes recensées, 60 199 ont pu être identifiées. Près d’un tiers étaient mineurs : 2 392 nourrissons, 8 578 enfants et 6 947 adolescents. À l’autre extrémité de la pyramide des âges, 571 personnes étaient nées avant la Nakba de 1947, un massacre intergénérationnel.
Les chiffres contredisent la version sionsite
Depuis le début de son offensive, Tel-Aviv affirme ne viser que les combattants du Hamas. Pourtant, les statistiques disponibles contredisent cette version. Sur les victimes identifiées, 54% sont des mineurs, des femmes ou des personnes âgées.
Une enquête du Guardian, menée en août 2025 avec +972 et Local Call, s’appuyant sur des données internes de l’armée israélienne, révélait que seuls 17% des morts étaient des combattants. 83% des victimes sont donc des civils, un ratio bien supérieur à celui observé dans les guerres de Syrie ou du Soudan. Même au sein de l’armée israélienne, des voix s’élèvent.
En septembre, le site Ynet a diffusé un enregistrement de l’ex-chef d’état-major Herzi Halevi validant les bilans du ministère de la Santé de Ghaza.
Ghaza, ville fantôme
Les estimations de l’ONU confirment l’ampleur des destructions. Selon le programme humanitaire OCHA, 92% des habitations de Ghaza sont totalement ou partiellement détruites. Des milliers de corps restent ensevelis, inaccessibles faute de carburant, de matériel et de sécurité. Les chiffres officiels ne prennent pas en compte les morts indirectes : victimes de la soif, de la faim, des maladies et du manque de soins.
Dès le 8 octobre 2023, le ministre israélien de la Défense, Yoav Galant, avait décrété un «siège total» sur Ghaza : «pas d’électricité, pas de nourriture, pas d’eau, pas de carburant».
Selon Didier Fassin, anthropologue à Princeton, les études épidémiologiques montrent que, dans les conflits modernes, les morts indirectes peuvent être jusqu’à quatre fois supérieures aux morts directes. Pour Ghaza, cela porterait le bilan réel à près de 270 000 victimes. Une correspondance scientifique publiée dans The Lancet en juillet 2024 évoquait déjà 186 000 morts probables, en incluant les conséquences humanitaires du siège.
«Les chiffres officiels sont très sous-estimés, et il sera sans doute impossible d’établir un bilan consolidé tant que des enquêtes indépendantes ne pourront être menées», précise Didier Fassin. «Des familles entières ont été anéanties. Leur absence même faussera le comptage.»
Cisjordanie : l’autre front
Depuis le 7 octobre 2023, la Cisjordanie subit également une escalade de violence. Le programme OCHA a recensé 2 690 attaques de colons israéliens soit près de quatre par jour encouragées par les ministres extrémistes Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich. Ces attaques ont fait 992 morts palestiniens, souvent sous le regard complice des forces armées.
Un peuple debout
Deux ans après le déclenchement du génocide, Ghaza n’est plus qu’un champ de ruines, un cimetière à ciel ouvert. Pourtant, malgré la destruction, le blocus et la faim, le peuple palestinien continue de résister, obstinément, à l’effacement planifié de son existence .
Sabrina G.

