Un bus qui démarre, c’est toujours un pari silencieux sur la vigilance de celui qui tient le volant. À la gare routière du Caroubier, les policiers de la circonscription administrative de Hussein-Dey ont choisi de rappeler ce pari aux premiers concernés : les chauffeurs assurant les liaisons longue distance, ces conducteurs dont chaque geste, chaque décision au volant, engage la vie de dizaines de passagers à la fois.
L’opération, menée sur le terrain même où s’organisent les départs, s’est voulue avant tout un moment d’échange plutôt qu’un simple contrôle.
Les agents sont allés à la rencontre des professionnels du transport, leur rappelant l’essentiel. Le respect scrupuleux du Code de la route, une attention de tous les instants derrière le volant, un entretien mécanique sérieux des véhicules, et surtout, le respect des temps de repos, trop souvent sacrifiés sur les longues distances.
Des documents de sensibilisation ont été distribués, des questions posées, des réponses apportées dans un climat où la responsabilisation a pris le pas sur l’injonction.
Sur ce point, les chauffeurs eux-mêmes ne s’y trompent pas. Un conducteur assurant depuis plus de quinze ans la ligne Alger-Tlemcen le résume avec une gravité tranquille : transporter des voyageurs, chaque jour, c’est savoir qu’une décision prise au volant peut aussi bien sauver une vie que la briser d’où l’utilité, selon lui, de ces rencontres qui empêchent de banaliser le danger.
Un autre, habitué des routes du Sud, où les distances s’étirent et la fatigue s’installe insidieusement, insiste sur un point précis : ne jamais reprendre la route sans être pleinement en état de conduire, et respecter les pauses comme une règle non négociable.
Du côté des passagers, l’initiative est accueillie avec le même soulagement. Une jeune femme en partance pour Constantine, patientant dans la salle d’attente, confie que voir la police se soucier de la vigilance des chauffeurs la rassure elle qui, comme tant d’autres voyageurs, ne demande rien d’autre que d’arriver à bon port. Un étudiant en route pour Oran va plus loin : à ses yeux, ce type d’action mériterait d’être multiplié, et la responsabilité ne devrait pas reposer uniquement sur les épaules des chauffeurs. Les voyageurs aussi, estime-t-il, doivent apprendre à signaler tout comportement dangereux et à exiger, par leur vigilance, le respect des règles de sécurité.
Derrière cette opération de proximité se dessine une ambition plus large : celle d’ancrer, patiemment, une véritable culture de la sécurité routière, portée autant par les forces de l’ordre que par les usagers eux-mêmes. Car dans un pays où les accidents de la route continuent d’endeuiller des familles entières, chaque dialogue noué à un guichet de gare, chaque conseil échangé avant un départ, pèse plus qu’il n’y paraît. Derrière chaque autocar qui s’éloigne, il y a des étudiants, des travailleurs, des familles et une seule attente, simple et légitime : arriver, tout simplement, en sécurité .
Lotfi C.
Gare routière du Caroubier: La police sensibilise les chauffeurs de bus
