Foncier volé, pouvoir protégé: Au Sahara occidental, des hackers font exploser le système Makhzen

Une onde de choc. Voilà ce qui traverse ces derniers jours les cercles du pouvoir au Maroc, et plus précisément les allées feutrées de l’administration coloniale installée au Sahara occidental.
À l’origine de ce séisme : le collectif de hackers anonymes connu sous le nom de Jabaroot. Leur dernière salve de documents, d’une précision redoutable, met à nu un vaste système de prédation foncière organisé au bénéfice d’une élite inféodée au Makhzen. Au cœur du cyclone : Moulay Hamdi Ould Errachid, homme fort du Parti de l’Istiqlal et familier de Nizar Baraka.
Les fuites dévoilent des mécanismes jusqu’ici enfouis : des terrains publics cédés pour quelques dirhams le mètre carré, dans des proportions vertigineuses. Des milliers de mètres carrés échangés à des prix dérisoires, pendant que la population sahraouie, elle, lutte pour obtenir un simple bout de terre où construire un toit.
Les chiffres donnent le vertige. À Smara, une parcelle de 10 000 mètres carrés aurait changé de mains à 20 dirhams le mètre carré. Plus loin, plus de 44 hectares auraient été attribués à des sociétés proches du réseau Ould Errachid pour environ 30 dirhams le mètre carré. Montages immobiliers, projets touristiques, stations-service, lotissements résidentiels : les terrains ainsi bradés alimentent des affaires juteuses tandis que la population locale est maintenue à l’écart. L’un des aspects les plus graves réside dans l’auto- légitimation des procédures. Le président du Conseil provincial de Laâyoune, selon les documents, aurait lui-même validé des décisions administratives profitant à ses propres entreprises – parmi lesquelles Myher Industrie, Ravitaillement Sakia El Hamra ou Sopetrole. Un «conflit d’intérêts» que les hackers qualifient de «structurel» et de «systémique». L’enquête pirate met au jour plus de soixante opérations foncières du même acabit. Pour brouiller les pistes, les montages passent par des sociétés-écrans ou des noms de complaisance, celui du fils Sidi Mohamed Ould Errachid apparaît ainsi dans plusieurs dispositifs destinés à dissimuler les véritables bénéficiaires. Dans les territoires occupés du Sahara occidental, la colère enfle.
Car ces révélations ne tombent pas dans un vide. Elles viennent confirmer ce que les habitants de Smara, Laâyoune et d’ailleurs crient depuis des années : une politique organisée de confiscation des richesses, de chômage imposé, de crise du logement entretenue et de répression politique. Pendant ce temps, quelques privilégiés s’approprient l’héritage foncier collectif.
L’affaire arrive à point nommé pour désamorcer un discours officiel que certains voudraient voir triompher. Ainsi, les récentes déclarations du sous-secrétaire d’État Christophe Landau, qui louait de prétendus «développements économiques» dans la région, se trouvent aujourd’hui sérieusement contredites. Certes, des infrastructures sortent de terre. Mais à quel prix ? Sur quelles terres ? Et au profit
de qui ?
Car ce modèle de «développement» repose sur deux piliers intolérables. Le premier : le pillage systématique des ressources halieutiques et minières sahraouies.
Le second : une logique d’apartheid territorial et économique, largement inspirée de celle qui sévit en Palestine occupée. Colons marocains d’un côté, population autochtone de l’autre : les droits, l’accès au sol, les opportunités ne sont pas les mêmes. Face à ce système verrouillé, la communauté internationale est appelée à sortir de son silence. Ce que réclament les militants sahraouis n’a rien d’extrémiste : un simple référendum d’autodétermination, conforme aux résolutions des Nations unies. Rien de plus, rien de moins. la liberté de décider, souverainement, de son propre destin.
Malik M.