Dans une mise en voix poignante du recueil Femmes d’Alger dans leur appartement d’Assia Djebar, la comédienne franco-algérienne Rachida Brakni a donné corps aux fragments de parole féminine que l’écrivaine avait patiemment tissés entre autobiographie, mémoire collective et fiction. Cette lecture, diffusée par France Culture dans le cadre du Festival d’Avignon 2025, a résonné comme un hommage vibrant à la condition féminine en Algérie, entre enfermement hérité, modernité contrariée et silence imposé.
Assia Djebar, figure majeure de la littérature francophone et première femme maghrébine élue à l’Académie française, avait conclu la postface de son recueil par une image saisissante : celle d’une porte ouverte en plein soleil, symbole d’une libération concrète et quotidienne des femmes, en rupture avec les regards figés de Delacroix et les fantasmes orientalistes. C’est cette lumière que Rachida Brakni a su faire entendre, avec une sensibilité rare, en incarnant les voix de femmes qui osent parler, se souvenir, se révolter.Accompagnée par la musique originale du franco-tunisien Smadj, cette création sonore a transcendé les frontières entre texte et tableau, entre passé et présent, entre France et Algérie. Elle a redonné souffle aux murmures anciens, ceux que Djebar voyait comme les traces d’une conversation volée, gelée sur la toile, mais jamais éteinte.À travers cette lecture, c’est toute une mémoire féminine qui s’est levée, entre ombre et lumière, entre silence et cri. Une mémoire qui interroge, qui dérange, mais qui surtout, persiste. Comme un acte de résistance littéraire, Femmes d’Alger dans leur appartement continue de faire entendre ce que l’histoire a trop souvent voulu taire .
Amina.S.
Femmes d’Alger :Quand les voix murmurées deviennent mémoire vivante

