Les divergences entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis connaissent une escalade sans précédent. Alors que Riyad cherche à préserver ses intérêts stratégiques et sa profondeur sécuritaire au Yémen, en Somalie et en Mer Rouge, elle dénonce ce qu’elle qualifie d’ingérence émiratie, en violation du droit international et des accords bilatéraux.
La chaîne saoudienne Al-Akhbariya a ainsi rapporté que le royaume avait menacé de prendre des mesures inédites contre Abou Dhabi, l’accusant de «poursuivre des actions contraires aux intérêts et à la sécurité nationale saoudienne».
Dans un rapport au ton clairement alarmiste, diffusé récemment, la chaîne officielle a affirmé que l’Arabie saoudite «n’hésitera pas à prendre toute mesure dissuasive contre toute partie portant atteinte à sa sécurité», laissant entendre que des décisions fermes pourraient être annoncées prochainement.
Ces mesures pourraient inclure des sanctions diplomatiques, économiques, voire des actions limitées sur le terrain, si les autorités émiraties persistent dans ce que Riyad nomme un «encouragement systématique à l’instabilité».
Le rapport accuse notamment les Émirats d’avoir organisé l’exfiltration d’Aïdarous al-Zoubaidi, président du Conseil de transition du Sud (CTS) – recherché par la justice yéménite – et d’avoir financé ses partisans dans des actions de déstabilisation visant l’Arabie saoudite. Selon la chaîne, cette démarche illustre la manière dont Abou Dhabi «transgresse les accords bilatéraux et les engagements régionaux». Les actions émiraties incluraient également, toujours selon Al-Akhbariya, des accusations infondées selon lesquelles Riyad soutiendrait les Frères musulmans et faciliterait les activités d’Al-Qaïda, ainsi que des allégations médiatiques concernant la détention de membres de la délégation sudiste accueillie en Arabie saoudite.
La chaîne a qualifié ces accusations de «campagnes de désinformation» visant à décrédibiliser le rôle saoudien et à légitimer les manœuvres séparatistes émiraties dans le sud du Yémen.
Les tensions se sont encore aggravées après la prise de contrôle d’Aden par le Conseil de transition du Sud et les divisions apparues dans la mise en œuvre des accords de Riyad, parrainés par l’Arabie saoudite. Ce différend marque le passage d’un conflit latent entre d’anciens alliés à une confrontation médiatique ouverte, annonciatrice d’une période de tensions durables.
Dans le même temps, la Somalie a porté un coup sévère aux ambitions émiraties dans la Corne de l’Afrique en annulant tous ses accords avec Abou Dhabi et en mettant fin à sa présence dans les ports de Berbera, Bosaso et Kismayo.
Cette décision, présentée par Mogadiscio comme une réaffirmation de sa souveraineté, prive les Émirats d’un point d’ancrage stratégique proche du détroit de Bab el-Mandeb et affaiblit leur capacité à jouer un rôle de «gendarme des voies maritimes» dans cette région cruciale.
L’enjeu dépasse désormais le cadre yéménite. Il s’inscrit dans une compétition plus large pour le contrôle des corridors maritimes, des ressources énergétiques et de l’influence politique dans une zone s’étendant de la mer Rouge à l’océan Indien.
Alors que l’Arabie saoudite cherche à consolider son leadership régional, les Émirats semblent déterminés à construire une sphère d’influence autonome, alimentant une rivalité dont les conséquences pourraient redéfinir les équilibres géopolitiques au Moyen-Orient et dans la Corne de l’Afrique.
Malik M.
Escalade: La rivalité saoudo-émiratie s’envenime en Mer Rouge

