Dans un climat de tensions exacerbées, le Conseil suprême de sécurité nationale iranien a approuvé un nouvel accord de coopération avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), signé le 9 septembre au Caire par le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghtchi et le directeur général de l’agence Rafael Grossi.
Ce texte, intitulé «Modalités techniques pour la mise en œuvre des inspections», vise à rétablir un cadre opérationnel pour les missions de vérification du programme nucléaire iranien, suspendues depuis les frappes coordonnées de l’entité sioniste et des États-Unis en juin dernier.
L’accord intervient après plusieurs mois de rupture diplomatique, marqués par une série d’attaques militaires contre les installations nucléaires iraniennes de Fordo, Natanz et Ispahan, suivies d’une riposte immédiate de Téhéran. Le 2 juillet, le président Massoud Pezechkian avait entériné une loi suspendant toute coopération avec l’AIEA, dénonçant le silence de l’agence face aux violations du droit international. Le 21 juin, le Pentagone avait frappé trois sites nucléaires iraniens, provoquant une contre-attaque ciblée sur la base américaine d’Al-Udeid au Qatar. Bien que Washington ait affirmé qu’il n’y avait eu ni victimes ni dégâts majeurs, l’incident a cristallisé l’entrée des États-Unis dans un conflit régional à haute intensité. Dans ce contexte, l’accord du Caire apparaît comme une tentative de réengagement technique, mais reste conditionné à une clause explicite : toute reprise d’hostilités contre la République islamique entraînera l’interruption immédiate des contacts avec l’AIEA. Cette disposition traduit une méfiance persistante envers une agence accusée de politiser ses activités et de faire preuve de complaisance envers les puissances occidentales et l’entité coloniale. Rafael Grossi, depuis le siège de l’AIEA à Vienne, a salué «une étape importante dans la bonne direction». Mais les déclarations iraniennes tempèrent cet optimisme : pour l’heure, les inspecteurs n’auront accès qu’à la centrale de Bouchehr, excluant les sites récemment bombardés. L’Iran insiste sur son droit au nucléaire civil et exige une posture plus équilibrée de l’agence onusienne, notamment dans ses rapports sur les installations attaquées. Ce rétablissement partiel de la coopération survient à quelques semaines de l’expiration de l’accord de Vienne, signé en 2015 et fragilisé depuis le retrait américain en 2018. Le nouvel accord pourrait éviter une rupture totale avec le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), mais il ne dissipe pas les incertitudes géopolitiques.
Dans un Moyen-Orient fracturé par les rivalités stratégiques, chaque geste diplomatique reste suspendu à des équilibres précaires, où la technique ne suffit pas à masquer l’ampleur des fractures politiques. La reprise des inspections, si elle se confirme, pourrait ouvrir une brèche vers la désescalade, mais elle ne garantit en rien une paix durable .
Malik M.
Entre réengagement technique et fracture géopolitique: Accord nucléaire Iran-AIEA

