Enjeux et perspectives

L’Algérie a officiellement initié, ce samedi 7 février 2026, les procédures de dénonciation de l’accord relatif aux services aériens liant la République algérienne démocratique et populaire aux Émirats arabes unis.
Cette démarche, rapportée par l’agence de presse officielle, constitue un acte souverain majeur dont les implications s’étendent au-delà du seul secteur du transport aérien, touchant aux domaines économique, diplomatique et stratégique.
Un accord de services aériens est un traité bilatéral qui structure l’ensemble des relations aériennes entre deux États. Il en fixe le cadre juridique et opérationnel, définissant précisément les droits de trafic, les libertés de l’air autorisées, les compagnies aériennes désignées pour exploiter les lignes, ainsi que les capacités offertes en termes de fréquence de vols et de type d’appareils. Il régit également les aspects tarifaires, les règles de concurrence, et établit des normes communes en matière de sécurité, de sûreté aérienne et de contrôle. Enfin, il prévoit les mécanismes de résolution des différends pouvant survenir entre les parties contractantes.
La décision algérienne de se retirer de cet accord aura des conséquences opérationnelles immédiates et tangibles. Concrètement, elle entraînera très probablement la suspension de toutes les liaisons aériennes directes actuellement assurées par les compagnies aériennes émiraties vers le territoire algérien, à moins qu’un arrangement transitoire exceptionnel ne soit trouvé. De même, les vols opérés par Air Algérie à destination des Émirats devront être réévalués et potentiellement réajustés.
Le transport de fret et de courrier postal entre les deux pays devra être réorganisé, pouvant conduire à une réorientation de ces flux vers d’autres partenaires aériens ou modes de transport.
Cette situation rappelle la décision antérieure de l’Algérie de suspendre les liaisons aériennes avec le Royaume du Maroc, une mesure alors présentée comme une réponse à des actions considérées comme hostiles et provocatrices. Toutefois, il est essentiel de comprendre cette démarche dans une perspective plus large que la simple logique sectorielle.
La dénonciation de cet accord s’inscrit dans une vision géopolitique et stratégique cohérente avec les principes fondamentaux de la politique étrangère algérienne.
Elle représente un outil diplomatique fort permettant à l’Algérie de réaffirmer sa souveraineté nationale et son contrôle exclusif sur son espace aérien. Sur le plan économique, elle vise à protéger les intérêts du marché aérien national et à éviter toute dépendance asymétrique pouvant nuire au développement de sa propre compagnie nationale et de ses infrastructures aéroportuaires.
Cette décision intervient dans un contexte bilatéral marqué par des tensions et des divergences stratégiques profondes, l’Algérie ayant à plusieurs reprises dénoncé ce qu’elle perçoit comme des ingérences et des pratiques hostiles de la part des Émirats arabes unis, notamment à travers certains médias et dans le dossier de la normalisation avec l’entité sioniste.
Elle constitue donc un message politique clair, réaffirmant l’attachement de l’Algérie à ses principes de non-ingérence, de solidarité avec les causes justes et de droit des peuples à l’autodétermination.
À moyen et long terme, cette décision pourrait inciter l’Algérie à renforcer et à diversifier ses partenariats aériens avec d’autres pays, en particulier en Afrique et avec des nations partageant des visions
internationales convergentes.
Elle pourrait également stimuler une réflexion stratégique sur le développement des capacités logistiques et de connectivité aérienne nationale, dans une optique d’autonomie accrue et de promotion de ses propres intérêts économiques.
En conclusion, la dénonciation de l’accord aérien avec les Émirats arabes unis, au-delà de ses répercussions techniques immédiates, est avant tout un acte de politique étrangère souverain.
Elle démontre la volonté de l’Algérie d’utiliser tous les instruments juridiques et diplomatiques à sa disposition pour défendre ses intérêts nationaux, préserver ses orientations stratégiques et affirmer son rôle sur la scène internationale, dans un environnement régional complexe et en mutation.
F. H.