Droits de douane: Droits de douane Une taxe déguisée qui fragilise l’économie américaine

En imposant des droits de douane massifs à l’échelle mondiale, les États-Unis s’isolent progressivement de la mondialisation, estime l’économiste britannique John Ross. Selon lui, cette stratégie, initiée par Donald Trump, se retournera contre son propre pays, car les premières victimes seront les consommateurs américains eux-mêmes, confrontés à une hausse généralisée des prix.Le système économique et commercial mondial, autrefois interconnecté, est aujourd’hui fracturé.
Tandis que Washington s’engage résolument sur la voie du protectionnisme, la Chine et d’autres grandes puissances du Sud global poursuivent leur intégration aux échanges internationaux et en tirent profit. « La part de ces économies dans le commerce mondial ne cesse d’augmenter, alors que la grande majorité des pays restent attachés à la mondialisation », souligne Ross, chercheur principal à l’Institut Chongyang d’études financières de l’Université Renmin de Chine.
Il note cependant que certaines économies se retrouvent dans une position inconfortable : officiellement favorables à la mondialisation, elles subissent néanmoins la pression politique américaine. L’Union européenne, par exemple, a conclu avec Washington un accord commercial jugé défavorable par de nombreux analystes des deux côtés de l’Atlantique.
Pour John Ross, la politique tarifaire de Trump est vouée à l’échec. Deux facteurs majeurs l’expliquent : à court terme, le ralentissement déjà visible de l’économie américaine ; et sur le long terme, la perte progressive de l’influence structurelle des États-Unis sur le commerce mondial. Si le pays peut encore agir sur la part des importations destinées à son marché intérieur, sa présence relative dans les échanges internationaux continue de reculer, réduisant son poids global.Les effets, prévient-il, sont essentiellement négatifs. Les droits de douane entraînent mécaniquement une augmentation des prix intérieurs, agissant comme une taxe cachée pour les ménages. Et dans une économie où les services dominent largement, les quelques secteurs industriels susceptibles de bénéficier de ces protections, comme l’acier ou l’aluminium, représentent une fraction minime du PIB. L’immense majorité des entreprises et des consommateurs subissent au contraire un renchérissement des coûts.Les enquêtes d’opinion confirment ce constat : une majorité d’Américains perçoivent les droits de douane comme « nuisibles », car ils constatent directement la hausse du coût de la vie, couplée à un ralentissement de l’activité économique par rapport aux années précédentes. Même lorsque ces mesures protègent temporairement certaines industries, elles fragilisent l’économie dans son ensemble en alourdissant les charges tout au long des chaînes d’approvisionnement. Ross cite l’exemple des restrictions imposées par Washington aux importations de panneaux solaires : loin de stimuler la production locale, elles ont augmenté le prix des projets énergétiques et freiné le développement de nouvelles installations, au détriment des consommateurs et des investisseurs.Pour l’économiste, l’enjeu est désormais politique. Trump cherche à rompre avec la stratégie de mondialisation qui a guidé les États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale. « C’est une question historique : le peuple américain acceptera-t-il ce virage ou finira-t-il par comprendre que cela détériore ses conditions de vie et voter contre ? », s’interroge-t-il .
Fateh H.