Disparition d’Ahmed Taleb Ibrahimi: Disparition d’Ahmed Taleb Ibrahimi

Avec sa disparition, l’Algérie perd l’un des hommes politiques qui ont le plus marqué son histoire contemporaine, au sein du pouvoir comme dans l’opposition. Ahmed Taleb Ibrahimi a cette particularité d’avoir servi le pays au lendemain de l’indépendance sous Boumediene d’abord, puis sous Chadli, avant de passer dans l’opposition, en particulier au début du règne d’Abdelaziz Bouteflika. L’ancien ministre des Affaires étrangères (1982-1988) qui a tiré sa révérence, hier, à l’âge de 93 ans, s’est retiré de la vie politique certes, mais c’est dans les moments les plus douloureux qu’il a rompu le silence pour s’adresser aux Algériennes et aux Algériens. Ce fut le cas d’ailleurs lors des incendies de 2021 en Kabylie, marqué par l’assassinat de Djamel Bensmail. «Si Ben M’hidi et Abane étaient toujours vivants, ils auraient demandé à nos jeunes aujourd’hui de renoncer à leurs appartenances régionales étroites, à consacrer l’unité nationale et à bannir toute forme d’exclusion ou d’extrémisme, avec pour seul objectif servir et préserver l’Algérie et protéger ses enfants», avait-il écrit à l’époque, appelant le peuple «à barrer la route aux détracteurs de l’Algérie». Le nom de Taleb Ibrahimi a souvent été associé à celui de l’homme de paix. Les hommages qui lui ont été rendus d’ailleurs, le soulignent tous sans exception. à commencer par le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui a salué une personnalité qui «incarnait à la fois la sagesse de l’homme politique, la mesure de l’intellectuel et le patriotisme du militant et du moudjahid».
«Par sa disparition, l’Algérie perd l’un de ses grands noms, une personnalité nationale éminente, jouissant d’un rang distingué et d’un mérite reconnu», a écrit le chef de l’état dans un message de condoléances. Pour le ministre de la Communication, Zouhir Bouamama, le défunt «a consacré toute sa vie au service du pays», tout en restant attaché «à l’héritage de sa famille dans la sagesse, la science et le vrai patriotisme». De son côté, Ibrahim Boughali, président de l’APN, a rendu hommage au moudjahid et homme politique qui est resté attaché «au service du pays et à la défense des principes de la glorieuse Révolution, contribuant à l’édification de l’Algérie indépendante». Quant à Azouz Nasri, président du Sénat, la disparition de l’ancien ministre des AE marque «un jour sombre» dans le ciel de l’Algérie. «Le défunt qui a occupé des postes de responsabilité était un repère politique en terme de sagesse et de discipline et était l’un des premiers à choisir le chemin de la lutte avant d’être arrêté par l’armée coloniale en 1957», rappelle le président du Conseil de la nation dans un message de condoléance à sa famille.

Un repère dans la sagesse politique
Au sein de la classe politique, les hommages ne sont pas sortis des éloges sur la personnalité de l’homme qui a marqué sa période. Abdelaali Hassani Chérif du MSP, a salué en lui «un symbole de la pensée, de la politique et de la culture, et un phare dans la sagesse qui a sincèrement servi le pays». Pour le Front de libération nationale (FLN), Ibrahimi était «un fidèle homme d’état jaloux de son pays» qui est «passé du combattant au militant, laissant son empreinte dans l’histoire contemporaine». Lamine Osmani, président du parti Voix du peuple, a estimé que l’ancien diplomate incarnait «l’un des symboles du patriotisme qui ont consacré leur vie à l’édification de l’état algérien indépendant». De son côté, Abdelkader Bengrina, chef du parti El Bina, a salué un homme qui «a marqué la diplomatie algérienne en contribuant à l’effort national», tout en «restant fidèle à ses principes» jusqu’à ses derniers jours. Enfin, le RND a rendu hommage à «l’un des fidèles serviteurs de l’état, jaloux du pays» qui a su
«unir la sagesse au combat politique et à la pensée».
Pour l’avoir connu, l’ancien ambassadeur d’Algérie au Pakistant (1989-1992), Mahieddine Amimour a rendu hommage à Dr Ibrahimi qui «a été l’un des acteurs du mouvement estudiantin» durant la guerre de libération, avant de «marquer le paysage politique national au lendemain de l’indépendance». Plusieurs journalistes et hommes de lettres qui ont, à un moment où un autre de leur carrières, eu l’occasion de croiser son chemin, ont regretté la disparition de Taleb Ibrahimi. «Une grande perte pour l’Algérie, et la nation arabe», a écrit le journaliste Hafidh Derradji.
Le célèbre commentateur a estimé que le défunt «demeurera l’un des principaux hommes qui a accompli son devoir envers la nation, tout en contribuant dans divers domaines de la pensée, de la politique et de la culture pendant de longues années» .
F. B.