C’est avec une grande joie que Algérie Confluences accueille aujourd’hui Fella Andaloussia, une auteure dont la plume sensible et engagée trace des ponts entre mémoire familiale, quête identitaire et éveil citoyen. Romancière, lectrice passionnée, promotrice infatigable de la littérature algérienne sur les réseaux sociaux, elle a accepté de se livrer dans un entretien riche et généreux, où se croisent les souvenirs d’enfance, les influences techniques, les rencontres littéraires, et les engagements culturels.
Propos recueillis par Razyka Tiar
Algérie Confluences : Vous avez commencé à écrire très jeune, mais vous avez attendu longtemps avant de publier. Qu’est-ce qui a déclenché ce passage de l’intime à l’édition publique ?
Fella Andaloussia : J’ai commencé par un journal intime où je confiais mes émotions, écrivant instinctivement sur tout support sans savoir pourquoi. Mes lectures nourrissaient mon vocabulaire, et au lycée, mes textes en trois langues ont été encouragés par mes professeurs. Pourtant, je n’avais pas encore saisi ma vocation, trop absorbée par mes études. À l’université, l’écriture est devenue un exutoire vital contre le stress. Puis, dans ma vie professionnelle, elle s’est transformée en outil d’inspiration pour mon travail.
L’élément déclencheur est survenu en 2019, quand j’ai partagé mes textes sur un groupe littéraire algérien. Les retours positifs m’ont donné la confiance nécessaire pour passer de l’intime à l’édition publique. C’est ainsi qu’en 2020, mon premier roman, Kamila, un volcan de sentiments, est né.
Comment votre formation en informatique et en économétrie a-t-elle influencé votre manière de structurer vos récits ou vos réflexions poétiques ?
Il est vrai qu’un écrivain ne peut dissocier son vécu de ses écrits. Mon parcours technique à l’USTHB et ma carrière professionnelle ont profondément marqué mon œuvre. Ainsi, mes récits intègrent des concepts comme les algorithmes, les statistiques, la gestion de projet ou la psychologie, hérités de treize années d’enquêtes et d’auditions. Mon style est également imprégné de la richesse de notre patrimoine national, des dialectes régionaux, des coutumes, des tabous et des réalités sociales, comme la condition féminine ou les rituels ancestraux. Avec un esprit cartésien, je construis mes histoires en m’appuyant sur des thèmes sociétaux, puisant dans les réalités du ménage algérien pour nourrir une trame à la fois structurée et authentique.
Vous avez évoqué une formation en écriture et le soutien d’auteurs algériens. Quels enseignements ou conseils vous ont le plus marquée ?
En effet, deux formations m’ont été d’une aide capitale en écriture : la graphologie thérapeutique latine, le mind mapping et la lecture rapide. Par ailleurs, j’ai eu beaucoup de chance de rencontrer des auteurs algériens. Je citerai M. El Mahdi Berkani, écrivain et poète algérien, un homme d’une bienveillance rare, qui m’a encouragée et soutenue avant même d’être édité, en me prodiguant des conseils précieux sur le monde livresque, le process d’édition, la protection des droits d’auteur à l’ONDA. Ses enseignements enrichissants m’ont permis d’avancer sereinement et vivre pleinement mes deux passions : la lecture et l’écriture.
Kamila est une narratrice plurielle, à la fois témoin et voix des autres. Pourquoi avoir choisi cette posture narrative plutôt qu’un récit centré sur un seul point de vue ?
Ce choix narratif est né de circonstances particulières. Alors que ma mère, atteinte du Covid, luttait entre la vie et la mort, j’ai tenu ma promesse : écrire un roman sur les années 1980 et une famille intellectuelle algérienne.
Kamila s’est imposée comme une évidence. Cette adolescente rêveuse, soutenue par son père, est devenue la narratrice idéale. Sa voix plurielle lui permet d’être à la fois le témoin d’une époque révolue et la porte-parole de tous les personnages, incarnant les valeurs et les sentiments de cette période.
Les années 80 sont omniprésentes dans votre saga. Que souhaitez-vous transmettre aux jeunes générations à travers cette époque ?
Mon objectif est de laisser une trace historique, culturelle et artistique des années 80 pour les générations futures. Il est crucial de transmettre les détails de la vie de nos aînés. Comment vivre sans connaître son passé ni porter ses racines ? La famille est sacrée. S’imprégner de cette histoire, c’est comprendre leurs pensées, leur éducation, leurs valeurs, leurs blessures, leurs rêves et leurs sacrifices. C’est un legs précieux qu’il faut sauvegarder pour ne jamais rompre la chaîne de la transmission.
Vous êtes très active sur les réseaux sociaux pour promouvoir la littérature algérienne. Quel rôle attribuez-vous à ces plateformes dans la diffusion culturelle ?
Durant la pandémie, j’ai replongé avec passion dans la littérature algérienne. Partager mes coups de cœur sur les réseaux était un geste spontané : je voulais réconcilier les Algériens avec le livre et leur donner envie de lire. Voir l’impact positif de ces partages, avec beaucoup de personnes qui ont repris la lecture, m’a profondément encouragée.
Vous avez exprimé le souhait de contribuer à une Algérie fondée sur le savoir et la lecture. Comment voyez-vous le rôle de l’écrivaine dans cette construction
Aujourd’hui, l’écrivain n’est plus distant. Comme beaucoup d’auteurs, je communique directement avec mes lecteurs. Je m’efforce de promouvoir la littérature algérienne en partageant mes lectures. Ma contribution peut paraître modeste, mais elle est motivée par un profond désir de rendre à mon pays une partie de ce qu’il m’a offert. Mes actions sur la scène littéraire se basent sur des échanges humains lors de rencontres à travers le pays. Rien ne me rend plus heureuse que de découvrir de jeunes talents, de les conseiller et de les soutenir dans leurs projets d’édition.
Votre présence au prochain Salon International du Livre d’Alger (SILA) en 2025 est très attendue. Au-delà des traditionnelles séances de dédicaces, quel dialogue souhaitez-vous instaurer avec vos lecteurs et le public lors de cet événement majeur ?
Le SILA est avant tout un lieu d’échange entre le lecteur et l’écrivain. C’est une occasion précieuse de rencontres, pour moi qui suis aussi une lectrice. L’achat et la dédicace ne sont pas une fin en soi.
Parfois, un étudiant a un coup de cœur pour un livre mais ne peut l’acheter sur le moment. Si une connexion humaine s’établit avec l’auteur, si on parvient à le faire rêver et à le projeter dans un univers, il deviendra tôt ou tard un lecteur fidèle, attiré autant par la plume que par les qualités humaines qu’il aura découvertes.
Votre recueil Rimes Méditerranéennes évoque-t-il une ouverture vers d’autres cultures ou une réaffirmation de votre ancrage algérien ?
Mon recueil de poésie comprend deux destinations historiques et culturelles : l’Algérie mon havre de paix, mon grand amour, et l’Andalousie mon pays de cœur. Cet ouvrage est un hymne à l’amour plurielle, à l’espoir, à l’amitié, un appel à l’éveil de l’humanité et la paix dans le monde.
Quels sont vos projets littéraires à venir ? Une suite à Kamila ? Un nouveau recueil ? Une exploration d’un autre genre ?
Mon projet en cours est un roman dont l’action se déroule en Andalousie, avec des personnages principaux d’origine algérienne. J’y aborde un thème universel : l’amour tardif, la reconstruction d’un couple et la psychologie féminine et masculine sans filtre.
Ce récit, à la fois psychologique, poétique et littéraire, s’inspire de mes deux séjours en Andalousie. Quant à Kamila, elle est pour l’heure occupée par son bébé. La suite de son histoire attendra qu’elle soit sevrée et que l’héroïne se soit habituée à sa nouvelle vie de maman.
Votre présence au prochain Salon International du Livre d’Alger (SILA) en 2025 est très attendue. Au-delà des traditionnelles séances de dédicaces, quel dialogue souhaitez-vous instaurer avec vos lecteurs et le public lors de cet événement majeur ?
Le SILA est avant tout un lieu d’échange entre le lecteur et l’écrivain. C’est une occasion précieuse de rencontres, pour moi qui suis aussi une lectrice. L’achat et la dédicace ne sont pas une fin en soi.
Parfois, un étudiant a un coup de cœur pour un livre mais ne peut l’acheter sur le moment. Si une connexion humaine s’établit avec l’auteur, si on parvient à le faire rêver et à le projeter dans un univers, il deviendra tôt ou tard un lecteur fidèle, attiré autant par la plume que par les qualités humaines qu’il aura découvertes.
Dans un monde en pleine évolution, quel rôle pensez-vous que les salons littéraires comme le Sila jouent dans la promotion de la culture et des échanges entre auteurs et lecteurs ?
Le SILA est un événement international incontournable, un grand carrefour qui réunit maisons d’édition, institutions, écrivains et un public de toutes origines.
Ce salon rend la rencontre avec l’écrivain accessible et réelle, dans une convivialité magique. Comme les grands salons littéraires internationaux, il est indispensable pour découvrir l’évolution de la littérature universelle et celle de notre pays .
R. T.

