De l’Andalousie à l’Algérie: Abdelkader Bendameche retrace la généalogie poétique du Zadjel au Malhoun

Dans le cadre du Festival culturel national de musique andalouse Sanaa, le spécialiste du patrimoine poétique et musical algérien, Abdelkader Bendameche, a animé une conférence à l’Institut national supérieur de musique Mohamed-Fawzi.
Son intervention, intitulée «L’évolution de la poésie populaire malhoune, depuis l’Andalousie à nos jours», a mis en lumière les origines, les métamorphoses et la transmission d’un héritage littéraire et spirituel essentiel à la culture algérienne. Bendameche a rappelé que la musique et la poésie constituent un couple indissociable, régis par des codes et des règles précises. Pour lui, «il est essentiel de connaître l’origine de cette poésie et son évolution». Il situe cet héritage dès l’Andalousie, transmis après la chute de Grenade par les populations musulmanes revenant vers le Maghreb. Du VIIIᵉ au XIᵉ siècle, le Mouachah s’impose comme la forme savante et aristocratique, mais demeure peu accessible au grand public.
C’est au XIIᵉ siècle qu’émerge, sous l’impulsion du poète cordouan Abdelmalek Ibn Kezmane, le Zadjel, une forme poétique en arabe dialectal, «plus légère et plus accessible», dédiée à l’amour, à la sagesse populaire et aux préoccupations sociales.
Le Zadjel trouve en Algérie un terrain d’expression déjà fertile avec la pratique de l’Aroud Al Balad, évoquée par Ibn Khaldoun. Mais c’est Sidi Boumediene El Ghaout, savant et poète né près de Séville au XIIᵉ siècle, qui opère une transformation majeure : il utilise le Zadjel comme support d’enseignement soufi, créant ainsi le «Zadjel soufi». Cette spiritualisation de la poésie dialectale ouvre la voie à une vocation à la fois mystique et sociale du genre.

La consécration du Malhoun : Sidi Lakhdar Benkhlouf, chroniqueur d’une époque
Au XVIᵉ siècle, Sidi Lakhdar Benkhlouf parachève cette évolution et donne naissance au Malhoun. Héritier de la tradition soufie, il utilise la poésie pour célébrer la spiritualité, mais aussi pour documenter son époque. Véritable chroniqueur, il relate des événements politiques et militaires majeurs, comme la bataille de Mazaghrane en 1558, où les Algériens repoussent les forces espagnoles.
De son œuvre, Bendameche affirme qu’il subsiste aujourd’hui 167 poèmes authentifiés, témoignant de la richesse et de la pérennité de son apport. Cette conférence s’inscrit dans la continuité du travail de transmission mené par Abdelkader Bendameche. Auteur de plusieurs ouvrages de référence sur des figures majeures de la culture algérienne — de Sidi Lakhdar Benkhlouf à Mahboub Bati, Hadj M’rizek, El Anka et Ezzahi —, ancien cadre du ministère de la Culture et animateur d’émissions patrimoniales, il occupe aujourd’hui le poste de commissaire du Festival national de la chanson chaâbi. Par son engagement, Bendameche incarne la nécessaire préservation et la réactualisation d’un patrimoine poétique et musical qui continue de nourrir l’identité et la créativité algériennes.
Amina S.