Une conférence-hommage d’une profonde portée historique et symbolique s’est tenue hier mercredi à Alger, à l’occasion du 38e anniversaire de la disparition du moudjahid Messaoud Zeghar. Organisée par le Forum du quotidien El Moudjahid en collaboration avec l’Association Mechâal Echahid, cette rencontre a mis en lumière le parcours exceptionnel d’un stratège de l’ombre, dont le nom restera à jamais gravé dans le marbre de l’épopée libératrice de l’Algérie.
Le producteur et réalisateur Farouk Maazouzi, auteur d’un documentaire consacré à la vie du défunt, a dépeint avec une précision historique le portrait d’un homme qui a voué près de quarante années de son existence au service exclusif de la nation. Sous le nom de guerre «Rachid Casa», Messaoud Zeghar (1926-1987) fut bien plus qu’un combattant ; il fut un véritable ingénieur de la révolution. Durant la guerre de Libération, il endossa la lourde et périlleuse mission de pourvoir l’Armée de libération nationale en moyens de combat. Il se chargea non seulement de l’acquisition d’armes à travers des réseaux complexes et dangereux, mais il mit également son génie pratique au service de leur fabrication locale, démontrant une ingéniosité rare. Son expertise s’étendit au domaine vital des communications, où il contribua de manière décisive à l’approvisionnement de la Révolution en équipements de communication sans fil, tissant ainsi les réseaux invisibles qui reliaient les maquis et dirigeaient la lutte.
L’hommage ne s’est pas arrêté à la période de la guerre. M. Maazouzi a magnifié l’engagement indéfectible de Zeghar après l’Indépendance. L’homme continua de servir sa patrie avec la même ferveur, capitalisant sur les relations de confiance qu’il avait su tisser à l’international, notamment avec d’influentes personnalités américaines.
Lors de l’épisode crucial de la nationalisation des hydrocarbures, son rôle diplomatique fut capital. Par ses efforts discrets mais efficaces, il œuvra dans l’ombre à consolider la souveraineté économique de l’Algérie naissante. Face à la grandeur d’un tel parcours, l’appel lancé par le réalisateur a retenti avec une particulière urgence : il est impératif de concrétiser la mémoire de cette lutte par des œuvres artistiques et cinématographiques à la hauteur de son sacrifice. Seul un engagement culturel et mémoriel soutenu pourra traduire en images et en récits l’ampleur de son militantisme et le transmettre efficacement aux générations montantes. Apportant un témoignage poignant, le moudjahid Aissa Kacimi est venu rappeler la dimension humaine et fraternelle de Messaoud Zeghar. Il a souligné, avec l’autorité de celui qui a partagé le même combat, le rôle déterminant de son frère d’armes et insisté sur le devoir sacré de préservation de cette mémoire. Pour lui, comme pour tous les présents, les héros comme Zeghar ne sont pas seulement les figures qui ont façonné l’histoire de l’Algérie ; ils sont les piliers sur lesquels doit se construire la conscience nationale des jeunes Algériens.
Cette conférence fut bien plus qu’une simple commémoration ; elle fut un acte de reconnaissance et de transmission, un rappel solennel que la flamme allumée par des hommes de la trempe de Messaoud Zeghar continue d’éclairer la voie de la patrie .
Anais G.
Conférence-hommage:Messaoud Zeghar, l’architecte de l’ombre de la Révolution

