Commission conjointe «histoire et mémoire»: L’Algérie met la pression sur la France

Le travail de la commission conjointe d’historiens algériens et français entame un virage. Avec l’adoption par l’Assemblée populaire nationale (APN), chambre basse du Parlement algérien, de la loi portant criminalisation du colonialisme français en Algérie, c’est toute la donne qui va changer.
En effet, le texte composé de 27 articles, va pour la premièrefois au-delà de ce qui était discuté jusque-là au sein de cette commission instituée en 2022 à la suite de la rencontre du Président Abdelmadjid Tebboune et son homologue français Emmanuel Macron.
Si jusqu’à hier encore, les historiens algériens à leur tête Mohamed Lahcen Zeghidi, et français dirigés par Benjamin Stora, se penchaient seulement sur des sujets mémoriels en essayant de guider les deux États à avancer sur ce dossier, ce n’es plus le cas. Le texte voté à l’APN et qui s’appuie sur «les principes du droit international consacrant le droit des peuples à l’équité juridique et à la justice historique, et la fin de l’impunité», prévoit des dispositions établissant la responsabilité de l’état français pour son passé colonial en Algérie. Il détaille également les mécanismes permettant d’obtenir une reconnaissance et des excuses officielles pour les crimes commis par la France coloniale, comme préalable à toute réconciliation avec l’histoire, dans le cadre de la préservation de la mémoire nationale. Combien même la commission conjointe ne soit pas tenue par les dispositions de cette loi, il n’en demeure pas moins que du côté algérien, il s’agit d’une orientation de ce que doit être la négociation avec la France sur l’histoire commune.
Pour envoyer encore un message clair à Paris, les députés ont convié à la séance de vote hier, Mohamed Lahcen Zeghidi, co-président de la commission conjointe d’historiens du côté algérien.
Honoré pour ses efforts dans le cadre de cette Commission dans la défense de la Mémoire nationale, Zeghidi a prononcé quelques mots où il a qualifié la démarche visant à criminaliser la colonisation française en Algérie de «moment historique» et dont les contours ont été définis par le président de la République. Il s’agit, a-t-il ajouté, «d’un message
fort de la part des enfants de l’indépendance et descendants des chouhada, au sein du Parlement», et d’une «réponse parlementaire» à l’adresse des ennemis de l’Algérie et au monde entier.
Pour lui, cette initiative constitue une réponse claire des «enfants de Novembre» à ceux qui glorifient le colonialisme au sein du Parlement français, «qu’ils sont relégués à la marge de l’histoire».
C’est dire du virage que venait de prendre le travail de la Commission dont le co-président approuve totalement ce que contient la Loi criminalisant le colonialisme français en Algérie. La question est de savoir désormais comment Benjamin Stora et son équipe allaient accueillir cette nouvelle donne ? Ce qui est certain, c’est que l’Algérie vient de mettre plus de pression sur la France.
Farid B.