Chems-eddine hafiz, recteur de la grande mosquée de paris:«Un événement historique à forte portée spirituelle et politique»

La visite du pape Léon XIV en Algérie, qualifiée d’inédite depuis l’indépendance, suscite déjà un vif retentissement. Pour le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, il s’agit d’un événement «exceptionnel» qui dépasse largement le cadre religieux pour s’inscrire dans une dimension à la fois spirituelle, diplomatique et géopolitique.
Invité de la Radio algérienne, il a insisté sur la portée symbolique de cette visite, organisée à l’invitation du président Abdelmadjid Tebboune.
Selon lui, le pape ne vient pas seulement rencontrer une nation, mais incarner un message universel de dialogue et de reconnaissance mutuelle entre civilisations.
Cette démarche s’inscrirait également dans la continuité de la volonté exprimée par son prédécesseur, le pape François, déjà désireux de se rendre en Algérie. Pour Chems-Eddine Hafiz, le choix de l’Algérie comme première étape de la tournée africaine du souverain pontife n’est pas anodin. Il y voit une reconnaissance du rôle historique du pays, de son africanité affirmée et de sa tradition de coexistence religieuse. L’Algérie serait ainsi, selon ses mots, un «grand frère de l’Afrique», fidèle à son engagement pour le développement du continent. Le recteur souligne également la forte charge symbolique des lieux inscrits au programme, notamment le Monument des Martyrs et la Grande Mosquée d’Alger, où le pape est attendu. Sa visite dans ce lieu de culte musulman, qui abrite un centre dédié au dialogue interreligieux, est présentée comme un geste fort en faveur du vivre-ensemble. De même, son passage à Annaba sur les traces de saint Augustin renforce la dimension historique et spirituelle de ce déplacement.
Abordant les réactions suscitées à l’étranger, notamment en France, Chems-Eddine Hafiz évoque des lectures contrastées. Si plusieurs responsables religieux saluent un moment d’émotion et d’ouverture, certains cercles politiques, notamment à l’extrême droite, critiquent cette visite, y voyant une lecture politisée des relations internationales. Pour lui, au contraire, cet événement porte un message clair : au-delà des différences religieuses et culturelles, «celui qui est différent de nous est un frère en humanité».
Une philosophie qui donne à cette visite une portée bien plus large qu’un simple déplacement officiel, en faisant un moment potentiel de rapprochement historique entre spiritualité, mémoire et dialogue des peuples.
F. H.