Le général d’armée Saïd Chanegriha, ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale et chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), a présidé ce jour les travaux de la 19e session du conseil d’orientation de l’École supérieure de guerre.
Cette instance, créée par décret présidentiel du 26 septembre 2005, constitue le creuset où s’élaborent les réflexions les plus avancées sur la défense et la sécurité du pays.
La cérémonie s’est ouverte par un moment de recueillement chargé de symboles. Le général Chanegriha, accompagné du commandant de la 1re région militaire et du directeur de l’École supérieure de guerre, s’est incliné devant la mémoire du défunt président
Ali Kafi, dont le nom est indissociablement lié à cette institution. Une gerbe de fleurs a été déposée au pied du monument commémoratif, suivie de la lecture de la Fatiha, témoignant de la fidélité de l’institution militaire envers les figures historiques de la nation.
Un monde en recomposition : l’alerte stratégique du chef d’état-major
Prenant la parole devant un parterre d’officiers supérieurs et de cadres militaires, le général Chanegriha a livré une analyse lucide et sans concession du contexte géopolitique actuel.
Selon lui, le monde traverse une phase de bouleversements profonds où les équilibres internationaux traditionnels volent en éclats, préfigurant l’émergence d’un nouvel ordre mondial. Cette recomposition, a-t-il souligné, place les pays du Sud face à des choix stratégiques d’une complexité inédite.
Le chef d’état-major a martelé un message clair : la place d’une nation sur l’échiquier international ne se gagne plus sur les lauriers du passé. Elle se conquiert jour après jour par un renforcement continu des capacités géostratégiques et systémiques de l’État.
Trois piliers essentiels ont été identifiés : la solidité populaire et économique, l’adaptation permanente du dispositif défensif, et le développement des compétences scientifiques et technologiques.
La trilogie gagnante pour un monde incertain
Pour le général Chanegriha, trois qualités distinguent désormais les nations qui comptent : l’anticipation dans la planification, l’agilité dans la prise de décision, et la capacité à mobiliser l’ensemble des ressources nationales ainsi que les avantages comparatifs du pays. C’est à cette condition, a-t-il insisté, que l’Algérie pourra demeurer un acteur influent dans un environnement international instable et turbulent.
L’officier supérieur a tenu à rassurer sur l’état d’avancement des réformes engagées. Sous la conduite éclairée du président de la République, chef suprême des Forces armées et ministre de la Défense nationale, l’Armée nationale populaire poursuit résolument l’adaptation de son système défensif dans toutes ses dimensions. Les efforts portent notamment sur le développement technologique des systèmes d’armes, la formation et la qualification des ressources humaines pour une exploitation optimale de ces équipements, ainsi que sur la sécurisation des chaînes d’approvisionnement nationales et la localisation de l’industrie défensive. Le général Chanegriha a consacré une part importante de son discours à ce qu’il a qualifié de « front immatériel ».
Il a appelé à la construction d’une conscience sociétale forgée pour résister aux fake news et aux manipulations idéologiques, capable de faire face aux guerres psychologiques menées par des puissances hostiles. En coordination étroite avec le système médiatique national, l’armée œuvre à déconstruire la propagande ennemie, à dévoiler ses mécanismes de manipulation des esprits, et à façonner un récit national fédérateur, entièrement dédié à la protection des intérêts vitaux du pays. Cette 19e session du conseil d’orientation de l’École supérieure de guerre ne se résume donc pas à une simple réunion de routine. Elle constitue une étape fondatrice dans la refondation de la pensée militaire algérienne, à l’heure où les menaces se font plus hybrides et où la résilience nationale devient la clé de voûte de toute souveraineté. Par la voix de son chef d’état-major, l’Algérie réaffirme son ambition : ne pas subir les bouleversements du monde, mais les anticiper et les dompter, en s’appuyant sur une armée moderne, un peuple conscient et un État stratège.
Farid.B.

