Alors que s’ouvre à New Delhi la 20ᵉ session du Comité du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, du 8 au 13 décembre, l’Algérie observe avec vigilance la montée d’un récit médiatique agressif provenant du voisin marocain.
Ce récit tente de transformer l’inscription potentielle du caftan en un champ de bataille symbolique, fabriquant de toutes pièces un conflit là où règne, depuis des siècles, un héritage commun.
Contrairement à ce que proclament certains cercles proches du pouvoir marocain, l’Algérie ne s’est jamais engagée dans une logique d’appropriation exclusive ou de «guerre culturelle». Une telle notion est étrangère à sa philosophie. L’histoire riche et complexe du Maghreb est celle de circulations, d’échanges et de métissages.
Le caftan, comme tant d’autres éléments du patrimoine vestimentaire nord-africain, en est l’illustration parfaite : il est le fruit d’un creuset où se sont rencontrées les influences amazighes, andalouses, ottomanes et sahariennes. Les artisans d’Alger, de Tlemcen, de Constantine ou de Béjaïa n’ont jamais eu à revendiquer cet héritage ; ils le portent, le vivent et le transmettent naturellement, témoins d’une tradition qui transcende les frontières politiques modernes.
La stratégie de Rabat, qui consiste à présenter systématiquement chaque dossier patrimonial comme une confrontation avec l’Algérie, est révélatrice. Elle semble répondre à un besoin de diversion face à des défis internes et à une quête de légitimité. En créant artificiellement des polémiques, comme celle de 2023 autour d’un élément du dossier algérien, le Makhzen cherche à mobiliser l’opinion autour d’un nationalisme agressif, détournant l’attention des véritables enjeux.
L’Algérie, pour sa part, reste attachée à l’esprit même de la Convention de l’Unesco, qui vise à célébrer et protéger la diversité culturelle dans le dialogue, et non à l’enfermer dans des logiques de propriété exclusive ou de conflit. Son approche est fondée sur la reconnaissance de la continuité historique et géographique du Maghreb.
Le patrimoine n’est pas un trophée à brandir contre un voisin, mais un bien vivant, partagé et évolutif, qui doit rassembler les peuples.
Si l’inscription du caftan marocain devait aboutir, elle ne saurait en aucun cas effacer ou nier la profondeur de son enracinement en Algérie. Elle ne rendra pas moins brillantes les broderies de la Casbah, moins précieux les savoir-faire des maâllems de Ghardaïa ou moins élégantes les coupes traditionnelles des cités du Nord.
L’identité culturelle algérienne, multiple et enracinée, n’a pas besoin de validation par la polémique ou l’exclusivité. La véritable force réside dans la confiance tranquille que inspire un patrimoine authentique et vivant. L’Algérie continue de promouvoir et de sauvegarder ses traditions dans leur diversité, sans se laisser entraîner dans des querelles fabriquées.
Elle œuvre, dans le cadre des instances internationales, pour une reconnaissance respectueuse des héritages, dans leur complexité et leurs interconnexions.
En définitive, cette tentative d’instrumentalisation politique d’un vêtement ancestral montre toute la différence entre deux visions : l’une, qui cherche à diviser pour régner ; l’autre, qui rappelle que la culture, dans le Maghreb comme ailleurs, a toujours été un pont entre les peuples, bien avant d’être un prétexte à discorde. L’Algérie reste fidèle à cette seconde voie, celle de la mémoire partagée et de l’avenir apaisé.
Amina S
Caftan: L’Algérie face à la fabrique marocaine d’une guerre culturelle fantôme

