Bras de fer à Islamabad: Téhéran pose ses préalables, Washington hausse le ton

Aquelques heures de ce qui pourrait être la rencontre la plus explosive entre l’Iran et les États-Unis depuis 1979, le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a fixé la ligne rouge : pas de négociations sans actes concrets.
Dans une déclaration sans équivoque publiée vendredi sur X (ex-Twitter), le puissant conservateur a exigé la mise en œuvre immédiate de deux «engagements mutuels» préalables, un cessez-le-feu au Liban et la libération des avoirs iraniens gelés, avant même l’ouverture des pourparlers d’Islamabad.
«Deux actions convenues entre les parties n’ont pas encore été exécutées. Elles doivent l’être avant le début des négociations», a écrit Ghalibaf, laissant planer le doute sur la tenue même de la rencontre.
Ce préalable iranien intervient alors que la médiation pakistanaise tente de transformer une trêve fragile en accord durable. Mais les positions restent aux antipodes.
À Téhéran, on affirme que «la main est sur la gâchette» en raison des «violations répétées des ennemis américain et sioniste». Un commandement militaire iranien a même prévenu : toute poursuite des frappes contre le Hezbollah ou la banlieue sud de Beyrouth entraînerait une riposte «douloureuse», et le contrôle du détroit d’Ormuz entrerait dans «une nouvelle phase». De l’autre côté de l’échiquier, Donald Trump n’a pas attendu l’ouverture des discussions pour sortir l’artillerie lourde, verbale.
Dans une interview au New York Post, le président américain a mis en garde : «Nous chargeons nos navires avec les meilleures munitions et les meilleures armes jamais fabriquées. Si aucun accord n’est trouvé, nous les utiliserons, très efficacement.» Et d’ajouter, sceptique sur la parole iranienne : «En face de nous, ils disent une chose, et dans la presse, l’inverse. On verra bien.»

Une médiation pakistanaise sous haute tension
Le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar, a appelé hier samedi les deux parties à une «participation constructive». Mais les dossiers sur la table sont autant de champs de mines.
Concernant le Liban, Téhéran exige un cessez-le-feu immédiat, alors que les frappes y ont fait environ
2 000 morts depuis mars. Washington, de son côté, considère ce dossier comme un sujet séparé des négociations en cours. Sur la question des avoirs gelés, l’Iran réclame la levée des sanctions et le dégel de ses fonds, notamment au Qatar. Une source iranienne de haut rang affirme que les États-Unis ont accepté de libérer ces avoirs, en les liant à un «passage sûr» dans le détroit d’Ormuz, une information qui n’a pas été confirmée publiquement par Washington.
Le détroit d’Ormuz constitue un autre point de friction majeur : Téhéran veut une reconnaissance de son contrôle et la possibilité de percevoir des droits de passage, tandis que les États-Unis défendent une libre circulation sans restriction ni frais.
S’agissant du programme nucléaire et des missiles, les Américains exigent des limitations, alors que les Iraniens campent fermement sur leurs positions. Enfin, la présence militaire américaine dans la région divise profondément : l’Iran réclame un retrait, tandis que Washington conditionne le maintien de ses forces à la conclusion d’un accord global.
Avec l’arrivée à Islamabad du vice-président américain J. D. Vance (à la tête d’une délégation de plus de 70 personnes) et celle, la veille, de Ghalibaf, les regards sont braqués sur la capitale pakistanaise.
Les discussions, qui ont débuté hier samedi, portent en elles une promesse aussi fragile qu’historique : éviter une escalade régionale aux répercussions énergétiques et économiques mondiales.
Mais tant que les préalables iraniens ne seront pas levés, et que la menace américaine restera aussi concrète, chaque mot échangé pourrait être le dernier avant la tempête.
Malik M.