Bessailet Yelina: Une nouvelle voix qui trouble les eaux du polar psychologique

C’est au SILA 2025 que j’ai rencontré Bessailet Yelina, cette jeune auteure algérienne pleine de promesse, venue présenter son premier roman, un polar psychologique qui marie avec bruit intrigue criminelle et analyse psychologique. À travers cet échange, elle nous révèle son parcours, sa vision de l’écriture et ses aspirations littéraires.

Entretien réalisé par Razyka Tiar

Algérie Confluences : Comment est né le projet de votre premier roman ?
Bessailet Yelina :
Cette idée a d’abord commencé comme une simple étincelle, une inspiration soudaine qui m’a poussée à écrire la première version de l’histoire. Peu à peu, l’intrigue a pris forme, et je me suis tellement attachée à mes personnages que j’ai cru en cette idée plus que jamais. C’est à ce moment-là que je me suis dit : «Pourquoi ne pas réaliser le rêve de mon enfance et transformer cette histoire en un livre que les gens pourront lire ?»
Comme le Salon International du Livre approchait, cela a été l’élément déclencheur. J’ai conclu un accord avec la maison d’édition pour qu’il soit prêt à y participer. Et c’est ainsi que ce projet,
né d’un rêve d’enfant, est devenu réel.

Pourquoi avoir choisi le genre policier psychologique et pourquoi avoir choisi la langue arabe ?
Mon choix n’a pas été dû au hasard ; j’ai simplement écrit dans les domaines qui me passionnent le plus. Ces derniers temps, je me suis beaucoup tournée vers l’univers du crime, des enquêtes et des mystères. Je regarde assidûment des films et des documentaires de ce genre, car j’aime analyser, comprendre et relier les faits entre eux.
Étudiante en Master 2 de psychologie clinique, il m’est tout naturel d’intégrer la dimension psychologique dans mon écriture. C’est un domaine que j’aime énormément et dont je possède déjà des connaissances solides. J’ai donc voulu réunir les deux aspects qui m’animent : l’enquête criminelle et l’analyse psychologique, le tout à travers l’écriture, qui reste pour moi une véritable passion.
Quant au choix de la langue arabe, il s’est imposé de lui-même, car j’en suis profondément amoureuse. C’est la langue que je maîtrise le mieux, celle qui me permet d’exprimer mes idées et mes émotions avec la plus grande sincérité.

Qu’est ce qui vous a le plus marqué lors de votre première participation au SILA ?
Ma participation au SILA a été une expérience à la fois unique et inoubliable. J’y étais déjà allée en tant que lectrice, mais cette année, j’ai participé pour la première fois en tant qu’autrice, avec mon propre livre.
Cette transition a créé en moi un mélange d’émotions intenses : de la joie, de la fierté, mais aussi une grande excitation. Ce qui m’a le plus marquée, c’était de voir des lecteurs s’arrêter devant mon livre, le toucher et s’y intéresser. Ce simple geste représentait tant de choses pour moi. J’ai aussi été profondément émue par la qualité des échanges d’idées, la chaleur des encouragements et la richesse des discussions spontanées qui se sont créées. C’était à la fois impressionnant et profondément réconfortant.

Quel message principal souhaitez-vous transmettre à travers ce livre ?
À travers mon livre, je souhaite avant tout faire découvrir mon domaine : la psychologie clinique. J’ai intégré des informations de manière indirecte, en montrant par exemple la façon dont travaille un psychologue, comment il analyse, interprète et comprend les situations. Le lecteur peut ainsi découvrir certains concepts et notions scientifiques du domaine, tout en suivant l’intrigue.
Je vise aussi à stimuler l’esprit du lecteur, à l’inviter à réfléchir, à analyser et à participer activement à l’enquête. Je crois profondément que les livres, et les romans en particulier, peuvent être une source de savoir, et pas seulement un moyen de divertissement comme on le pense souvent. J’ai donc choisi de transmettre ces connaissances de façon simple et claire.
L’objectif est d’offrir une lecture à la fois captivante et enrichissante : suivre l’histoire, tenter de résoudre le mystère, s’attacher aux personnages, tout en maintenant le suspense et en découvrant progressivement des notions de psychologie.
J’ai également souhaité mettre en lumière certains troubles et problématiques psychologiques, pour rappeler l’importance cruciale de la santé mentale dans la vie quotidienne et les conséquences graves liées à sa négligence.

Comment voyez-vous votre évolution en tant qu’auteure ?
En tant que première expérience, je suis sincèrement satisfaite de ce que j’ai accompli, même si je suis consciente qu’il reste des points à améliorer. J’ai compris que l’écriture ne se limite pas à l’imagination : elle demande aussi une maîtrise solide de la langue, ainsi qu’une grande rigueur dans la cohérence et la structuration des idées. Je suis convaincue que la pratique régulière et l’expérience accumulée au fil du temps me permettront de progresser continuellement. Mon ambition est de développer peu à peu une écriture plus fluide, plus aboutie, et portant cette maturité qui ne s’acquiert qu’à force d’écrire, de lire et de se remettre en question.

Avec l’essor de l’intelligence artificielle dans le domaine de l’écriture, cela vous a-t-il freiné ou motivée ?
Au contraire, cela m’a plutôt motivée. Je considère l’IA comme un outil, et non comme un concurrent. Elle peut s’avérer très utile pour organiser les idées, débloquer un passage difficile ou même donner une impulsion d’inspiration.
Cependant, l’émotion authentique, la sensibilité unique et la vision personnelle qui animent un récit restent des éléments essentiels qu’aucune machine ne peut reproduire. C’est précisément cette dimension profondément humaine qui donne son âme à l’écriture.

Avez-vous déjà des projets en cours ou une suite en tête ?
Pour être honnête, je n’ai pas encore envisagé l’écriture d’un second livre, du moins pas pour l’instant. La réalisation de ce premier ouvrage a été entourée de plusieurs défis, et mes priorités actuelles – notamment mes études et la préparation de mon mémoire de fin d’études – exigent toute mon attention cette année. Cependant, si une idée originale venait à se présenter, et que l’inspiration était au rendez-vous, je resterais bien sûr ouverte à me lancer dans un nouveau projet d’écriture avec autant de passion. Rien n’est exclu pour l’avenir, tout reste possible.

Quel message adresseriez-vous aux jeunes écrivains et écrivaines concernant l’avenir de l’écriture et ses défis ?
À tous les jeunes qui rêvent d’écriture, je dirais que notre génération vit une transformation profonde du paysage littéraire. Les défis sont nombreux, la numérisation, la concurrence médiatique, les nouvelles habitudes de lecture, mais les opportunités le sont tout autant.
L’important est de rester fidèle à sa voix et à ses passions. Les outils évoluent, les supports changent, mais le besoin fondamental d’histoires qui touchent, qui font réfléchir et qui transportent, lui, ne disparaîtra jamais. Le vrai défi, selon moi, est de trouver cet équilibre entre respect des traditions littéraires et ouverture aux nouvelles formes de narration. Il faut écouter son cœur, travailler son craft avec rigueur, et surtout, croire en la singularité de sa propre voix. L’avenir de l’écriture appartient à ceux qui sauront allier authenticité et adaptation, qui oseront innover tout en honorant la beauté intemporelle du mot juste et de l’émotion vraie
R. T.