Algérie 2025:Le grand bond solaire

Le pays vient d’atteindre un seuil stratégique : plus de 2 gigawatts de panneaux solaires importés de Chine entre janvier et novembre 2025, selon les dernières données commerciales disponibles. Derrière ce chiffre, un mouvement profond s’accélère : l’Algérie n’expérimente plus l’énergie solaire, elle la déploie à grande échelle. L’importation massive de modules photovoltaïques répond à une logique claire : libérer le gaz naturel, historiquement mobilisé pour la production électrique domestique, afin de le réserver à l’exportation et à l’industrie à forte valeur ajoutée. Il ne s’agit plus seulement d’une transition écologique, mais d’une véritable recomposition du mix énergétique national au service de la souveraineté économique.

Une accélération sans précédent
Le mois de novembre 2025 a marqué un pic historique, avec 450 mégawatts de panneaux entrés sur le territoire. Cette quantité représente une multiplication par plus de quatre par rapport au même mois de l’année précédente.
La comparaison avec octobre 2025 (170 MW) révèle une accélération soudaine de 280 MW en un mois, signe que de vastes chantiers sont entrés dans leur phase concrète d’exécution.
Sur les onze premiers mois de l’année, la dynamique est nettement à la hausse, bien que rythmée par la logique des projets : un démarrage fort en janvier, 390 MW, une phase de stabilisation administrative au printemps, avant une reprise progressive et un bond final à l’automne.
Ces fluctuations reflètent moins une instabilité qu’un processus industriel : les importations suivent désormais le calendrier de pose sur les sites, et non plus seulement celui des signatures protocolaires.
Cette accélération opérationnelle est le fruit direct des engagements pris en 2024, avec la programmation de vingt centrales solaires d’envergure. Le projet d’Abadla, 80 MW, lancé à Béchar au printemps 2025, en est une illustration concrète. L’objectif affiché reste l’installation de 15 000 MW de capacités renouvelables d’ici 2035. Le rythme des importations de 2025 montre que le compteur est désormais activement enclenché.
Un partenariat dominant et un défi industriel
La Chine conserve une position quasi exclusive dans les approvisionnements, grâce à sa compétitivité et sa capacité de production massive. Si cette dépendance permet une montée en puissance rapide, elle pose à moyen terme la question de la souveraineté industrielle.
L’enjeu pour l’Algérie n’est plus seulement d’importer et d’installer, mais de développer une filière locale : assemblage, maintenance, fabrication de certains composants et maîtrise technologique.
L’année 2025 aura donc été celle du passage à l’acte. Les chiffres des importations solaires en sont le témoin quantitatif et indiscutable. La prochaine étape, tout aussi cruciale, consistera à transformer cet essor photovoltaïque en un levier de développement industriel intégré, capable de concilier transition énergétique, indépendance technologique et création de valeur nationale.
Le soleil algérien est désormais une donnée économique ; reste à en faire un pilier industriel.
Anais G.