Le chiffre pèse lourd dans l’architecture budgétaire de l’an prochain. Selon Houari Tigharsi, professeur d’économie à l’université d’Alger, les transferts sociaux inscrits dans le projet de loi de finances 2027 atteignent environ 33 milliards de dollars, dont près de 20 milliards destinés au soutien
direct des personnes. Invité hier mardi de l’émission «Ghaïf Essabah» de la Chaîne 1 de la radio nationale, il a plaidé pour un passage graduel vers un système de soutien ciblé, appuyé sur une plateforme numérique permettant de repérer les bénéficiaires réels et de faire reculer l’économie parallèle.
Pour lui, réformer le système de subventions suppose de bâtir des outils numériques intégrés, garants d’un acheminement des aides vers ceux qui y ont droit. Il en attend davantage de transparence dans la distribution des ressources publiques, sans rogner sur le pouvoir d’achat des ménages à faibles revenus.
Passant en revue les indicateurs du projet de loi, l’économiste a rappelé que la croissance attendue pour 2027 s’établit à 4,2%.
L’industrie devrait progresser d’environ 6%, le bâtiment de 5,2%, tandis que les services frôleraient les 5%. Autant de signaux qui traduisent, selon lui, le poids croissant des activités hors hydrocarbures dans la diversification de l’économie nationale. Il a salué les mesures sociales du texte, en particulier l’annonce de plus de 125 000 créations de postes, les hausses de salaires prévues et la reconduction des mécanismes de soutien. Il juge toutefois indispensable de les accompagner d’un meilleur contrôle des marchés, d’un suivi des circuits de distribution et d’une lutte déterminée contre la spéculation. Le numérique a, d’après lui, un rôle central à jouer en traçant le parcours des produits du producteur jusqu’au consommateur final, ce qui renforcerait la transparence commerciale et réduirait les dérèglements liés aux réseaux de distribution.
Sur le plan économique, Houari Tigharsi a souligné que le prix de référence du pétrole retenu dans le budget est de 60 dollars le baril, alors que le Brent a dépassé les 115 dollars. L’écart offre une marge de manœuvre appréciable aux finances publiques. Il a cependant averti que la hausse des cours ne saurait tenir lieu de stratégie, et qu’elle ne dispense pas de diversifier les sources de richesse. Le véritable défi, a-t-il insisté, consiste à transformer les équilibres macroéconomiques en gains tangibles pour le citoyen, tout en stimulant l’investissement productif, en consolidant la souveraineté nationale et en accélérant la transformation structurelle de l’économie. Il anticipe que 2029 marquera une étape importante, celle où le pays commencera à récolter les fruits des réformes engagées ces dernières années.
Samira G.
Loi de finances 2027 : 33 milliards de dollars de transferts sociaux, l’Algérie à l’heure du soutien ciblé ?
