Enseignement virtuel : Elias Zerhouni veut une IA algérienne pour l’école et l’université

A l’USTHB, lundi dernier, Elias Zerhouni a posé une question que beaucoup d’universités du monde se posent en silence. Qui concevra les outils avec lesquels les étudiants apprendront demain ?
Pour le président du Haut conseil de la communauté scientifique nationale à l’étranger, la réponse ne peut pas venir d’ailleurs. L’intelligence artificielle est en train de transformer l’enseignement dans le monde, et l’Algérie doit en tirer parti avec des solutions conçues chez elle, taillées pour les réalités de son système éducatif.

Devant des enseignants, des chercheurs et des étudiants réunis à Bab Ezzouar autour des défis de l’enseignement virtuel, il a décrit une «transformation fondamentale». L’enjeu, selon lui, est de quitter les méthodes traditionnelles fondées sur la transmission des connaissances pour des modèles qui favorisent l’apprentissage autonome et l’innovation. Sa feuille de route tient en deux exigences. Des logiciels open source, bâtis sur les compétences algériennes, et des données hébergées sur le territoire national. Le but est assumé, «réduire la dépendance aux plateformes étrangères» et garder la maîtrise comme la mise à jour des informations.

Une question de souveraineté, autant que de pédagogie. Cette ambition a déjà une adresse, le Centre TIVES (technologies et innovation pour les systèmes éducatifs virtuels), installé au Pôle scientifique et technologique de Sidi Abdellah, à Alger. Créé par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique à l’initiative du professeur Zerhouni, il travaille à des solutions nationales fondées sur un enseignement «précis et personnalisé», qui tient compte des capacités et du niveau de chaque apprenant.

Le chantier s’étend désormais à la formation. Un projet d’école doctorale en systèmes d’enseignement virtuel est en préparation, avec des établissements universitaires et de recherche du pays. Vingt doctorants ont déjà obtenu un financement qui leur permet de se consacrer pleinement à la recherche et de contribuer à des applications d’IA destinées à l’enseignement.

Le recteur de l’USTHB, Djamel Eddine Akretche, y voit un moyen d’«accompagner les mutations
pédagogiques». Un laboratoire spécialisé est en cours de création avec le professeur Zerhouni, pour resserrer les liens entre chercheurs établis en Algérie et chercheurs de la diaspora. L’objectif est aussi de former une nouvelle génération de chercheurs capables de mettre ces technologies au service de l’école algérienne.

A. G.