Non-renouvellement du mandat de la MINURSO : quelle issue pour le conflit du Sahara occidental ?

Le Conseil de sécurité de l’ONU a échoué à renouveler le mandat de la MINURSO, créant une situation inédite au Sahara occidental, depuis 1991, année du cessez-le-feu entre le Maroc et le Front Polisario.
Ni le projet de résolution américain qui voulait vider de sa substance la Minurso, ni le texte de la Russie qui visait à renouveler le mandat n’ont été adoptés. Résultat : le mandat de la MINURSO a expiré le 31 octobre. Entre l’ONU qui a exprimé sa préoccupation, le Front Polisario qui a affiché son inquiétude et l’Algérie qui a exprimé son profond regret suite au non renouvellement du mandat de la Mission onusienne, seul le Maroc qui a affiché sa satisfaction.

Avec cette position, Rabat pousse au pourrissement en voulant imposer coûte que coûte sa solution, au mépris de la volonté du peuple sahraoui et de la communauté internationale.
Le Front Polisario qui a exprimé sa préoccupation suite au non-renouvellement du mandat de la MINURSO, a mis en garde contre toute action unilatérale marocaine susceptible d’aggraver la situation sécuritaire, tout en réitérant son engagement à coopérer avec le Secrétaire général de l’ONU et le Conseil de sécurité.

Rappelant que «la MINURSO a été établie par la résolution 690 (1991) du Conseil de sécurité, déployée sur la base d’un accord entre le Front Polisario et le Maroc», dans le cadre d’un plan de règlement conjoint des Nations Unies et de l’Organisation de l’unité africaine, le Front a averti contre «toute mesure par la puissance occupante qui compromettrait le processus de paix parrainé par l’ONU au Sahara occidental, ainsi que le mandat de la MINURSO». Pour le Polisario, le dossier est devant une «impasse» dont les responsables sont, selon lui, «certains États membres du Conseil de sécurité», qu’il accuse de favoriser des politiques expansionnistes, tout en adoptant une double approche dans le traitement des affaires internationales.

Le non-renouvellement du mandat constitut un tournant politique majeure dans la question du Sahara
occidental. L’Algérie avait profondément regretter ce fait, tout en réitérant «son attachement à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, qui garantit au Peuple Sahraoui l’exercice de son droit à l’autodétermination, conformément aux principes et objectifs de la Charte des Nations Unies et aux résolutions pertinentes de l’Organisation des Nations Unies».

Retrait imminent de la Minurso
La conséquence directe de l’incapacité du Conseil de sécurité à renouveler le mandat de la MINURSO est le retrait imminent de cette mission. Un retrait annoncé, hier, par le secrétaire général de l’ONU, à travers un communiqué de son porte-parole, Stéphane Dujarric. «Le 1er novembre 2026 marque le début de la période de liquidation, durant laquelle une équipe réduite relevant du Département de l’appui opérationnel des Nations Unies supervisera le transfert ordonné vers leurs pays respectifs des biens appartenant aux pays fournisseurs de contingents, ainsi que la cession ou l’élimination appropriée du matériel appartenant à l’Organisation des Nations Unies», a-t-il annoncé dans son communiqué, partagé par le front Polisario.

Le Secrétaire général a appellé les parties à coopérer pleinement afin que ce processus soit mené à bien de manière ordonnée et dans les meilleurs délais. Il se dit «préoccupé» par la situation sécuritaire dans l’ensemble du territoire du Sahara occidental ainsi que par le risque d’une escalade des hostilités.
Il appelle toutes les parties concernées à faire preuve de la plus grande retenue et à s’abstenir de toute action susceptible d’accroître davantage les tensions ou de compromettre la stabilité régionale.
Le SG de l’ONU a salué le rôle central que la Minurso a joué depuis sa création en 1991 en contribuant à la surveillance du cessez-le-feu et à la création de conditions propices à la poursuite d’une solution politique.

Il a exprimé sa plus profonde gratitude au personnel de la MINURSO, notamment au Représentant spécial du Secrétaire général pour le Sahara occidental, Alexander Ivanko, qui a dirigé la Mission au cours d’une période particulièrement complexe à la suite de la reprise des hostilités en 2020.
Il a également rendu hommage aux 20 membres du personnel de la MINURSO qui ont perdu la vie au cours des 35 années de déploiement de la Mission au Sahara occidental. Il a rappelé que la MINURSO a été créée pour protéger et servir le peuple du Sahara occidental, en particulier afin de lui permettre d’exercer son droit inaliénable à l’autodétermination.

Malgré la nouvelle situation, le SG de l’ONU a souligné que le départ de la MINURSO ne remet nullement en cause ces droits inaliénables et appelle toutes les parties à respecter et à promouvoir les droits du peuple du Sahara occidental. Il a réaffirmé l’engagement des Nations Unies à aider les parties à parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable qui permette l’autodétermination du peuple du Sahara occidental. «Si les opérations de maintien de la paix de la MINURSO ont pris fin, les Nations Unies demeurent prêtes à poursuivre leur soutien aux efforts visant à faire progresser le dialogue et à parvenir à un règlement pacifique du conflit par l’intermédiaire de l’Envoyé personnel du Secrétaire général, Staffan de Mistura», a-t-il assuré.

Fateh H.