Le 1er novembre 1954 n’a pas seulement ouvert un chapitre de l’histoire algérienne. L’insurrection lancée par six dirigeants a fragilisé l’ordre colonial français et enraciné chez les peuples du continent l’idée que l’indépendance était à leur portée, si puissant que soit le colonisateur. Pendant que l’Algérie menait l’une des guerres de décolonisation les plus dures du XXe siècle, la France voyait ses possessions africaines basculer. En 1960, année restée comme celle de l’Afrique, quatorze territoires ont accédé à la souveraineté : le Cameroun, le Togo, Madagascar, le Dahomey (aujourd’hui le Bénin), le Niger, la Haute Volta (devenue le Burkina Faso), la Côte d’Ivoire, le Tchad, la Centrafrique, le Congo, le Gabon, le Sénégal, le Mali et la Mauritanie.
Ces indépendances s’expliquent difficilement sans ce qui se jouait en Algérie. Le Front de libération nationale a porté sa cause bien au delà du terrain militaire, en mobilisant la diplomatie, la presse, les conférences de solidarité afro asiatiques et la tribune des Nations unies pour exposer la réalité de la domination française. Il a aussi appuyé certains mouvements de libération et ouvert des espaces de formation et de rencontre à des militants africains. Plusieurs études soulignent que cette expérience a nourri une conscience libératrice qui a franchi les frontières.
Pourquoi Paris a lâché prise
La France n’a pas renoncé à son empire sur un coup de tête.
Les revers en Indochine en 1954, suivis aussitôt par l’insurrection algérienne, ont placé le projet colonial devant une crise grandissante, car maintenir la domination par la force coûtait cher et menaçait la stabilité du régime lui même. Les pressions internationales se sont durcies avec l’essor des non alignés, la présence croissante des pays africains et asiatiques à l’ONU et la rivalité des deux blocs. Paris a surtout compris qu’une indépendance politique encadrée par des accords de coopération pouvait préserver ses intérêts économiques, militaires et culturels.
Cette logique s’est traduite dans la Constitution de 1958, qui a créé la Communauté française, avant que tout ne s’accélère en 1960. Ces indépendances ont changé la carte de l’Afrique sans mettre fin à l’emprise française. Accords de coopération, arrimages monétaires, présence militaire et réseaux économiques ont maintenu des liens étroits avec nombre d’anciennes colonies, ce que l’on désignera plus tard par le terme de néocolonialisme.
De la guerre de libération au soutien aux luttes des autres
La révolution algérienne a puissamment contribué à l’érosion du système colonial français, sans en être le seul facteur ni la cause directe de l’indépendance des quatorze pays. Après 1962, l’Algérie, qui avait payé de lourdes pertes humaines la reconquête de sa souveraineté, est devenue une terre d’appui aux mouvements de libération, au point que sa capitale a été surnommée la Mecque des révolutionnaires. Novembre a ainsi gagné le cœur du continent et affermi la conviction qu’aucun empire, aussi puissant soit-il, n’arrête la marche de l’histoire quand les peuples décident de conquérir leur liberté.
F. B.
